juin 16, 2016

Je me souviens…

Je me souviens du premier souffle, du dernier instant dans le ventre de ma mère.

Je me souviens du premier né et du dernier vivant, du premier homme et du dernier mort.

Je sais la dernière chose à faire et le premier mot du matin, je connais le jeu du jeune premier dans le dernier acte de la pièce.

Je sens ton premier souffle et ton premier baiser, un 4 d’été. Je me souviens du dernier sommeil, un 4 d’automne.

La première impression. Le dernier départ, sans un regard.

J’ai accompagné tes premiers pas. J’ai écrit avec joie que tu insistais arriver en première.

J’ai jonglé avec les nombres et avec les degrés, des premiers aux troisièmes.

S’endormir en dernier et se réveiller en premier. Faire flotter l’odeur du premier café dans les brumes du matin.

S’enivrer jusqu’au dernier carat de la journée, la vingt-quatrième heure du soir.

Je goûte encore ton premier regard, je bois ta dernière parole, je chante ton premier geste, je caresse tes derniers mots.

Petit dernier de fratrie, je vis aujourd’hui comme si c’était toujours mon premier jour d’enfance.

Rire le premier soir, craindre la dernière nuit.

Rechercher le dernier domicile connu et voir que tu habites au premier. S’aimer jusqu’au dernier jour de la Terre, puis continuer.

Garder ton premier sourire au fond de mes pensées. Me rappeler ton dernier rire à l’autre bout du fil.

Te pousser dans tes derniers retranchements, pour t’y révéler ta force. Ne pas chercher à avoir le dernier mot, car tout reste toujours ouvert. Toujours ouvert. Attendre le premier pas.

Te lire jusqu’à la dernière page, puis écrire avec toi la suite. Car dernier ne signifie pas ultime. Dernier veut dire: sublime, mais moins que le prochain moment.

août 13, 2015

Éléments d’exégèse

Quelques mots pour compléter mon dernier billet, Les lettres enlevées.

Cela n’a l’air de rien, mais il m’a fallu environ sept heures, en deux fois, pour le produire. Y compris —ce qui me sera utile pour de futurs essais—, la recherche exhaustive (et le tri sémantique) de mots ne contenant aucune voyelle à part le e. J’ai d’ailleurs pour cela utilisé une fonction d’extraction d’un dictionnaire en ligne, qui m’a donné un peu plus de 2000 entrées !

Il y a souvent plusieurs niveaux de lecture dans les textes que j’écris, et c’est le cas dans celui-ci, mais je vais me borner au premier d’entre eux, et donner quelques éléments.

Le texte commence en jaune, car dans ma synesthésie personnelle, la lettre E (et le chiffre 3) est jaune. Pour moi, ce texte est complètement jaune. J’y évoque les voyelles manquantes dans le premier paragraphe, en les laissant errer entre les consonnes qui les accompagnent dans l’alphabet. J’use de quelques jeux de mot pour évoquer sans les écrire certains mots aux voyelles abolies. C’est le cas de l’épée d’encens, qui devrait évoquer « en sang » (Argh, comme A est rouge dans ma synesthésie personnelle), et vers la fin dans « Je me trempe de lettres, je dense, j’espère éprendre exprès d’Elle ».

Le Spectre Merle est une allusion à un des personnages d’Aristoï, que je relisais au même moment. Et tout le paragraphe des mets et des saveurs évoque les repas de Gabriel Aristoi.

« De steppe en steppe » est juste un moyen de dire « pas à pas » (trop rouge) sans l’écrire. Vous aurez compris comment.

« Reflet de trèfle » est mon préféré. Les deux mots, composés des mêmes lettres, sont apparus soudainement comme un vrai coup de chance, ce que je cherchais justement à traduire.

Je ne sais pas encore ce que sont les Sept Serments…

août 4, 2015

La tentation du off

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Déconnexion, détox, off. Un besoin impératif de faire une coupure.

Cette tentation du off, nous l’avons tous vécue, à une certaine intensité, et sûrement plus d’une fois. Pour beaucoup, il s’agit de prendre des vacances, de les prendre en faisant une coupure réelle avec le monde du travail. S’échapper loin, ou même peut-être ne pas bouger mais se consacrer à ses passions personnelles. Pour d’autres, c’est plus définitif.

J’ai connu des gens qui faisaient un off à leur retraite. Du jour au lendemain ils ne sont plus là pour personne, comme si leurs relations antérieures, les projets sur lesquels ils avaient travaillé, ce que leurs collègues allaient en faire ne comptaient plus du tout. Est-ce que cela avait compté avant, alors ?

J’ai connu des gens qui faisaient un off à un moment de leur vie, changeant de voie et recréant autre chose, sans presque aucun regard pour leurs compagnons de route précédents.

Il y aussi des gens qui off pour toujours.

La tentation du off à l’ère numérique ? Est-elle vraiment possible ? Qui aurait le courage de couper toute relation numérique, toute utilisation du numérique, et pas seulement pour une expérience de quelques mois ou d’un an, et pas seulement parce cela aurait semblé un besoin vital à un moment donné, une question de vie ou de mort ? Non, réellement le off numérique total et le retour en mode analogique.

Ces derniers temps j’ai vu quelques utilisations différentes du off. Du on/off récurrent au off semble-t-il durable. J’ai ressenti une infinie tristesse, oui, en voyant quelqu’un disparaître peu à peu des réseaux. Identité numérique et identité analogique sont pour moi tellement liées que je me suis demandé si je n’allais pas perdre des éléments essentiels de sa personnalité en la regardant partir. Peut-être reviendra-t-elle, ou peut-être faudra-t-il aller la rechercher IRL, comme on dit.

Qu’on ne se méprenne pas, je suis très ancré dans le réel. Je ne suis pas de ceux qui restent enfermés dans le virtuel (un mot que je réfute). Je ne crois pas en un Internet qui détruirait le lien social, bien au contraire. J’ai mille anecdotes à ce sujet. Je crois en revanche que le numérique nous permet de nous étendre, de nous augmenter, de donner plus de place à nos personnalités internes et leur permettre de se déployer (je relis Aristoï en ce moment, et oui je pense que nous avons en nous plusieurs personnalités que nous devons apprendre à connaître, plutôt que de tenter de les intégrer artificiellement ; nous devons aussi annoncer aux autres laquelle s’exprime, quand c’est pertinent).

C’est pourquoi je crois que nos identités numériques sont une part essentielle de nous, que notre génération apprend à maîtriser (pas tout le monde) et que nos enfants intègrent plus naturellement encore. Sera-t-il possible de se mettre en off aussi facilement demain ? Je pense qu’un jour nous serons de plus en plus nombreux à ne pas pouvoir l’envisager. Des coupures ou des ralentissements du réseau seront comme autant de trahisons de ne pas pouvoir être proche de nos éloigné.e.s, celles et ceux qui comptent sans être incarné.e.s, celles et ceux qui ont fait exploser le nombre de Dunbar. Celles et ceux qui abritent une partie de nos personnalités, si on y réfléchit bien, celles avec lesquelles on aime échanger, raisonner et résonner.

J’ai vu aussi des personnes qui faisaient de temps en temps du tri dans leurs connaissances numériques. Ce peut être par hygiène, ou c’est peut-être un processus de destruction créative.

J’ai vu aussi des personnes qui multipliaient leurs avatars numériques, faisant là aussi le ménage de temps en temps, disparaissant parfois et revenant ensuite.

Le off peut également être le signe d’un besoin de pause pour saturation passagère. Tout le monde ne dit pas la même chose par son Off, mais chacun mérite d’être entendu.

Il y a une autre vision qui me plaît bien, celle qui découle des expressions « parler en off », ou « festival off ». L’idée d’être en mode décalé, là où on ne nous attend pas, hors des sentiers officiels.

Et puis il y a le off-litote. Celui qui dit « je me situe en dehors du tout » et qui veut en réalité dire « j’ai besoin qu’on vienne me réancrer ». Je vais m’éteindre, si tu ne viens pas m’étreindre.

Edit1: une heure ou deux après la rédaction de ce billet, une amie faisait l’objet d’un off-subit. Sans aucun avertissement, un réseau social de première importance lui fermait l’accès à son compte, et pour nous autres qui le connaissions, nous laissait avec un mur inaccessible et des conversations vidées de leur moitié, sans aucune explication. C’est assez violent, pour tout le monde. C’est comme si vous vous retrouviez dans le monde réel à la porte d’un de vos chez vous, avec interdiction d’entrer sans aucune explication, à vous de comprendre ce qui se passe et quoi faire et à quelle autorité s’adresser. Et pour vos amis, c’est comme si vous aviez disparu soudainement au coin de la rue sans vous retourner, le temps que chacun comprenne que tous les autres amis ont la même impression, et que le  problème est technique, pas humain. Sincèrement, je me demande comment cela peut être vécu par des personnes (plus jeunes, plus isolées…) pour qui les liens numériques ont pris une importance vitale et qui ne sont que sur un seul réseau. Facebook, tu devrais vraiment revoir cette procédure de blocage, à la fois pour la personne visée et pour son réseau d’amis. Et je ne parle même pas du fait qu’un compte Facebook peut servir à gérer des pages et des applications, dans un cadre professionnel.

Profitez-en pour regarder à l’avance les procédures de déblocage de comptes Facebook, et notamment le processus de réactivation via des « amis de confiance » que vous choisissez à l’avance. Le blocage peut en effet être le résultat d’un piratage de votre compte à votre insu, et personne n’a envie de rester longtemps dans cette situation.

Edit2: le lien plus haut sur « identités numériques » (au pluriel) est un lien vers le deuxième cahier de veille de la Fondation Télécom sur lequel j’ai travaillé. Il date de 2010 mais je le recommande toujours à la lecture. La première partie traite de la construction des identités numériques : Qui est-on en ligne ? Les défis de l’exposition de soi ; Les avatars et les pseudonymes comme attraits fictionnels…

février 9, 2012

Glaçant !

Entendu sur France Info : ce week-end, c’était le sixième championnat du poseur de pare-brise (si!) chez C*rglass ! Épreuves de vitesse (en 55mn quand-même), très physique, jargon de pros : « les vitres latérales, c’est les plus dures ». C’est la dernière épreuve avant le championnat du monde, alors vous imaginez la pression.

Intervention du président du jury, qui rassure l’auditeur, il a de l’expérience : « On sait tout de suite qui va être le gagnant, ça se voit dans ses yeux ».

Oui. Des yeux vitreux, probablement…

Voyons où tout cela nous mène

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Il y a une porte temporelle ici.

Je cherche (plusieurs) volontaires pour tester différentes vitesses d’impact avant de savoir comment la franchir. D’après la carte (non reproduite ici), cette porte donnerait sur un trésor. Si vous en avez assez de vous casser la tête pour boucler les fins de mois difficiles, rendez-vous en bas de l’escalier, chaque mercredi à 25h37 précise, pour des beta-tests.

décembre 4, 2011

L’affaire (4)

FLASH INFO. L’affaire de l’agriculteur pourrait bien être reliée à celle des sangliers explorateurs de l’espace. Le commissaire Labrosse nous confie : « il y a une sous-coupe dans cette histoire, j’en mettrais ma main à coup… euh, au feu »

Demain, 18h, Ploughafarzh, reconstitution de l’affaire de l’agriculteur coupé en rondelles par quoi vous savez. Morceaux choisis diffusés sur Tébéo dès 19h.

Dans cette ténébreuse affaire de la moissonneuse coupeuse en rondelles de son agriculteur, on recherche un témoin capital : une fauche blonde aurait été aperçue quittant les lieux

On a retrouvé un enregistrement des derniers mots de l’agriculteur découpé en rondelles par sa moissonneuse : « oops »

décembre 1, 2011

L’affaire (3)

Dans l’affaire de l’agriculteur coupé en rondelles par sa moissonneuse, l’agriculteur plaide non coupable

Pour en savoir plus sur l’affaire de l’agriculteur coupé en rondelles par sa moissonneuse, voir le site web : h t t p deux-points slash slash slash slash slash slash slash slash ☠

Dans l’affaire de l’agriculteur coupé en rondelles par sa moissonneuse, l’épouse n’arrive plus à joindre les deux bouts