décembre 23, 2016

Être(s) touché(s)

Récit

Se frayer un chemin. Au travers d’une foule qui se presse en tous sens, dès la sortie du métro, comme mue d’une folie désordonnée, sans pour autant se heurter. Une foule chargée de paquets, ou d’envies, ou de désirs, une semaine avant Noël, le long des grands magasins parisiens, bondant les trottoirs de son avide impatience, marchant droit, évitant les regards, évitant les contacts. Remonter le fil d’une foule pressée qui souhaite se reposer après une semaine chargée, et qui se farde de colis, le visage lourd et les paupières baissées, cherchant son chemin dans le sillage des autres, sur la trace de son écran, ou dans le souvenir de son enfance. Chargée de cadeaux à déposer au pied d’un sapin de plastique argenté, les yeux rivés au sol, dans l’ombre des pas, évitant les ornières. Se frayer un chemin et regarder ces femmes et ces hommes aller de l’avant, le plus souvent seuls, exceptés ces touristes descendant de leur car et s’engouffrant sous les portes chaudes des commerces. Voir tous ces gens semblant marcher dans une seule direction, avoir choisi l’autre, les mains vides, et devoir être celui qui évite, qui louvoie, qui contourne, qui s’échappe. Et dans cette foule de pantins, repérer des silhouettes immobiles, l’une contre un mur agitant une cloche, essayant d’attirer la compassion du passant pressé pour une œuvre de charité, l’autre assise contre un poteau, en face, invisible à deux trois mètres, séparée de la cloche par des rangées de jambes pressées, entourée de ses maigres possessions, la main jaunie à moitié repliée, résignée peut-être, ne semblant plus espérer un regard ou un geste. Passer son chemin en emportant cette vision, tout d’abord à bon rythme, puis en ralentissant le pas, s’arrêtant et se retournant. Revenir, porté cette fois par le bon sens de la foule, s’approcher et s’accroupir, pendant que l’autre immobile lève son regard, bleu, lui ouvrir sa main et y placer un petit peu, au rythme de la cloche sourde derrière les pantalons et les robes empressées. Puis, pendant quelques secondes, poser sa main sur le bras de son manteau vieilli par la rue, les regards chevillés, et dire le plus possible par ce geste sans un mot.

Deux heures plus tard, cour de Rome, remonter d’un bon pas et accompagné, le cœur joyeux au milieu d’une foule toujours dense, un peu moins cependant et presque immobile cette fois. Un attroupement s’est formé, et c’est comme si tout le monde convergeait vers ce lieu, au pied des horloges de bronze. Comme si le quartier conspirait pour nous entraîner là plutôt qu’ailleurs, pour voir, ou plutôt entendre, ce qui s’avère être un orchestre de jazz, ou une fanfare. Ma trajectoire est incertaine : va-t-on s’arrêter là ou contourner, ou bien choisir un meilleur angle pour voir et entendre ? Et soudain sa main se pose largement sur mon omoplate, pour me guider et me ralentir, et c’est comme si tout le temps qui s’écoule venait se fixer dans ma peau, au pied des mélodies de cuivre. Pendant quelques secondes, sa main sur l’épaule de mon manteau. Le temps d’une inspiration. D’un battement. D’une mesure. D’un souffle. Sa main qui me rapproche et me guide vers un creux de la foule, puis se détache en laissant son empreinte. Et comme si c’était là le signal attendu, la foule s’ébroue un peu, les musiciens déposent leurs instruments. Il semble qu’il faille circuler, des agents se sont approchés, peut-être que cet orchestre n’avait pas les autorisations pour son spectacle. Les gens s’éparpillent et nous reprenons notre marche, au milieu d’un rassemblement qui se fait nuée, au fil des rues, de moins en moins chantant, tel un groupe d’oiseaux surpris qui s’égaillent loin du champ. Ils se dispersent comme la chaleur que je sens rayonner dans mon dos.

Observés

Boulevard Haussmann, à une heure de pointe. Un type en décembre, manteau de laine noir, marche à rebours de la foule, comme s’il n’en faisait pas partie. Les gens se pressent. Le type en question s’arrête contre un poteau. Il s’accroupit et parle à un homme assis qui pourrait se faire bousculer à chaque fois qu’il passe quelqu’un. Un clochard qui fait la manche. Comme il voit sa main vide, lui caresse le bras et lui laisse un quelque peu.

Deux heures plus tard, je le revois cour de Rome, devant la gare. Il est avec une amie qui pose sa main à l’épaule de son manteau pour le rapprocher d’un spectacle. Elle lui montre où (à la bordure) et y va.

Point de fusion

C’est une foule qui s’écoule rapidement, boulevard Hassium. Le mercure au plus bas, chacun relève le col de son manteau. Les visages semblent plombés par l’exercice des achats de Noël. Chacun se presse, se forgeant un chemin parmi ses congénères. Au milieu, un homme s’arrête et dévie le cours de ses pensées. Se penche vers le foyer éphémère d’un être perdu à terre. Comme une cloche de bronze fait tinter son appel au loin, il s’approche de la main sans gant. Y glisse une pièce d’argent tandis que le regard bleu acier qui s’élève le touche un peu plus. Sur la blouse de l’ancien ouvrier, l’homme pose ses doigts doucement pour un dernier alliage.

Deux tours d’aiguille plus tard, sortant d’un zinc branché, il se dirige vers la cour de Rome, où une formation de cuivres donne un récital. Il se fond à nouveau dans la foule, accompagné d’une amie à la marche rapide. Leurs pas les rapprochent du point de convergence, là où la foule liquide s’est faite solide et attentive. Il reste dans cette masse quelques fissures pour percevoir la fanfare et leurs notes dorées. Afin de le guider dans cette brèche du temps, l’amie pose sa main sur l’armure de l’homme, qui se fend sous cette soudaine chaleur. Elle se diffuse sur sa peau et se grave dans sa mémoire.

Subjectif

Je ne sais plus depuis combien de temps je suis ici, à contempler cette humanité mouvante à laquelle je ne suis plus sûr d’appartenir. Elle va et vient, poussée par je ne sais quelle compulsion, entraînée par je ne sais plus quelle foi en l’avenir, je crois bien avoir oublié tout cela. J’ai froid au milieu d’elle, mon manteau ne perçoit plus aucune chaleur dans ces longs pas qui défilent devant moi. Je laisse remonter le courant autour de moi, les yeux fermés. Je voudrais ouvrir la main et sentir à nouveau leur contact, comme ces joueurs qui remontent la file de leurs adversaires après un match, et semblent sceller une dernière alliance. Mais ceux-là sont trop pressés, et nous ne jouons plus dans la même division. Je les laisse s’écouler autour de moi, je sais que dans quelques heures ils disparaîtront, et moi avec, et qu’ils n’auront pas eu un regard pour moi. Sauf lui, ce jeune homme revenu sur ces pas tout à l’heure, et qui a glissé une pièce dans ma main, et sa main sur mon bras, me donnant sa ferveur de vivre contre mon regard étonné.

Nous étions là depuis toujours, effectuant cette longue marche enjouée au milieu de ce quartier plein d’allées et venues, aux places évoquant la ville éternelle, aux gares évoquant la vie éternelle. Nous résonnions avec toutes ces femmes et tous ces hommes et aussi tous ses enfants qui écoutaient battre le cœur de leur après-midi, sous un soleil froid. Nous écoutions la petite musique de ces vies, à portée de nous, cherchions à accompagner le flux de leurs pas, notions leurs embardées et adoptions leur tempo. Ce crescendo que nous suivions et qui nous avait fait remonter jusqu’à l’embouchure de cette gare, près du pavillon vitré du métro, devait bien s’expliquer. Il y a toujours une clé pour comprendre ce qui se joue en coulisse, dans le dos des gens, comme une caresse. Peut-être ces agents qui nous notifiaient le point d’orgue et faisaient se disperser notre public, étaient-ils là pour nous faire chanter dans un dernier soupir surpris : « Quel beau couple ! »

D’azur…

Coupé d’Azur et d’Or

C’était tout à fait réel, ce n’était pas un de ces contes bleus à dormir debout. L’homme était bien là, cet ancien ouvrier que j’avais connu, novice, en bleu de travail à l’usine de mon père, puis comme homme de confiance (on disait le blanc-bleu, à cette époque) dans la maison des nobliaux du village (dont le sang n’était pas si pur que cela, rapportait-on), puis instituteur dans sa blouse grise. Il était à présent assis, au coin de cette rue, son regard d’acier toujours aussi marquant, et pourtant plein des blessures que la vie avait imprimées sur sa peau, des ecchymoses laissées par la situation économique, et de tous les renoncements et les promesses qu’il avait passées au bleu. Le télégramme que j’avais reçu n’avait pas menti, c’était bien le même homme, retrouvé, et pourtant déjà un autre, comme jauni par le temps, presque sépia, la main usée presqu’entrouverte, et creuse, et vide. Lui que j’avais connu bon et généreux, le cœur sur la main, était à présent devenu mendiant. Je ne savais quoi dire à présent, quoi faire si ce n’est le geste dérisoire de glisser quelques pièces de 50 centimes, ce que j’avais en somme sous la main, dans sa main, puis passer ma main sur le bras de son manteau, là où la chaleur qui se diffuse fait reculer le froid. Il ne m’a pas reconnu, je crois.

…et d’Or

J’en restais bleu encore deux heures plus tard, alors que je pensais à cet homme à présent démuni. En vérité, je ne le connaissais pas. Il était un parmi de nombreux qui ne verraient aucun âge d’or, et toute la foule qui s’était pressée sur le trottoir sans le voir n’en verrait pas la moindre parcelle non plus. Il était l’ancien ouvrier, l’ancien domestique, l’ancien instituteur à l’absence de retraite, aujourd’hui sur la paille. Et moi j’étais encore auprès de lui, et j’étais déjà loin, bleu de cette fille au pas agile (j’ai l’impression qu’elle marche φ fois plus vite que moi), qui me poussait de sa main sur mon épaule vers un groupe adepte de notes bleues faisant scintiller les pavillons dorés de leurs instruments au soleil du soir. Puis, comme des bleus venaient disperser cet orchestre (qui avait franchi la ligne jaune en jouant sans autorisation, semble-t-il), je réfléchissais à ces contacts furtifs entre humains, qui sont comme l’oiseau bleu, rares et précieux.

Interlude

C’est une histoire qui se répète, sous différentes formes, un je divers qui explore une foule de possibilités. Être ici et ailleurs, celui-ci ou cette autre, à ce moment ou plus tard, et dessiner les points communs, appliquer la peinture par petites touches, jouer sur les sens et les faire affleurer. Sa main était à moitié ouverte, et tandis qu’il lui frottait sa blouse d’artiste au jaune de térébenthine, il glissait dans la sienne un pinceau pour lui permettre un repentir.

C’est une partition éternelle qui se joue, sous différentes latitudes, un jeu d’hiver près du Printemps. Reprenant des codes pour mieux les transgresser, plaçant ici une note pour la développer plus loin, revenant sur une ancienne phrase pour l’interpréter différemment, changeant de clé et de tonalité. Sa main été appliquée, et tandis qu’elle diffusait sur son épaule un souvenir au bleu de méthylène, il mettait ses pas dans les siens pour imaginer un à venir.

D’A bon d’O

Chrono : Sabbat, tôt avant tard. Sortant par mon wagon RATP.

Racontons d’abord l’avant-propos : chalands transportant vos achats sans fard, vos flacons d’alcool glaçant, vos chocolats d’armagnac, vos chapons, vos homards, vos safrans odorants, vos macarons dormants… armadas d’avatars marchant hagards par marathons affolants, robots rasant rapportant dans nos cartons, abandonnant vos vagabonds las sans baraka, vos manants sans loto gagnant, vos clochards sans Graal. Pardon ! Stop ! Non ! Total anormal ! Gardons tantôt nos pognons hors nos sacs. Plaçons dans son ballot l’argos d’or sonnant.

Or, donc, sortant par son bar…

Nana : « Olà, Vasco, avançons bord à bord, accordons nos pas, approchons par là, harponnons sans hasard l’agora Pax Romana, l’octogonal panorama rond, macadam paradoxal, balançons nos talons, proclamons la salsa, annonçons la samba, hop ! dansons l’an tango chabadabadant, do fa sol la, fanfarons sonnants, sol fa do la, saxos shows, sol do la fa, allons, fol albatros, à l’avant dans la chanson ! »

Garçon : « Ah, bravo ! Allons donc alors, charmant paon ! Hâtons nos pas, comptons nos romans, racontons nos mots d’antan, complotons larrons, osons sans tralala, abandonnons nos cadrans, flottons dans l’argos, montons là, oh ! volons ! »

Son bras frotta mon col, mon costard, mon coton, à plat, d’aplomb, fondant, colossal volcan dans mon dos, affolant mon cosmos.

À part ça, gagnons nos pontons, amants cormorans !

juin 26, 2016

DLMMJVS #8

Sed fugit interea, fugit irreparabile tempus, singula dum capti circumvectamur amore

Sed fugit interea, fugit irreparabile tempus, singula dum capti circumvectamur amore

(un an de pause entre le #7 et le #8… je prends mon temps)

Deuxième jour avec le collectif #MaVoix, un groupe de personnes, jamais le même exactement, qui croit en quelque chose de grand, le retour d’une démocratie efficace, apaisée, à l’écoute de toutes et tous, d’absolument toutes et tous. Un collectif qui se donne les moyens de réaliser son utopie, d’expérimenter. Qui s’émerveille de ses résultats, quand tout d’un coup une idée germée ici est reprise par 10, 100, 1000 personnes, que tout cela leur échappe, en nous rendant plus grands, plus sûrs d’eux (je mêle nous et elles/eux). Je ne suis pas certain que ce sont des moments à raconter. Je crois que ce sont des moments à vivre. La place n’est plus au dire mais au faire. Pour retrouver chacun, et tous ensemble, un sens à sa Voix.

La voie, sa voie, combien de fois la cherche-t-on, combien de temps pour la trouver ? L’a-t-on vraiment pour toujours (je n’en crois rien, nous sommes en apprentissage permanent) ? Quelques amis se réunissent pour aider l’une d’entre nous à redéfinir une partie de sa voie. Le besoin, la nécessité sont là. Le chemin n’est pas si facile. Il va falloir couper un peu dans des anciens mots qui la décrivaient, et trouver ce qui lui ressemble le plus aujourd’hui. Comme souvent, j’écoute et j’observe, et propose ici et là. Un instant de maïeutique. Comment faire sortir ses mots, ne pas imposer ceux du groupe. Le lieu de réflexion est chouette, couleurs et matières, ondes d’amitié et de bienveillance qui parcourent la pièce, et enfants qui vont et viennent. Une tache rouge est un ballon qui s’élève vers le plafond blanc. On grignote des cerises. Je perçois des dizaines de choses. Et soudain à nouveau un sourire et des rires. Les mots sont arrivés, ils coulent, ils remplacent les anciens, on a l’impression qu’un barrage vient de céder (on vient de s’aider), je vois notre amie presque soulagée, c’est un petit pas, elle le dit, mais elle en avait besoin. C’était un bel instant, de ceux qui restent en souvenirs car ils nous ont sollicité pleinement, à pleins sens.

Mélancolie estivale, je marche de cale en cale, dans l’attente du coucher de soleil le plus tard de l’année, qui hélas restera caché derrière une petite pluie tenace. L’occasion de faire quelques photos, d’écrire quelques lignes. J’écris ainsi sur l’ourlet entre la forêt et la mer. J’ai interviewé la semaine dernière une sociologue qui s’intéresse aux traces du passé qui expliquent notre présent, et qui aime se placer aux interfaces. C’était un entretien passionnant. J’y retrouvais beaucoup de moi. Ce soir  j’explore les interfaces, entre le printemps et l’été, le jour et la nuit, la terre et la mer. C’est aussi là où j’aime être.

La toile comme un scalpel, tranche sur le rivage, La quille comme un appel, inscrit dans son sillage, Des mots d'argent qui nagent, et deviennent tourbillons, S'approchent de la plage, et y creusent un sillon.

La toile comme un scalpel, tranche sur le rivage,
La quille comme un appel, inscrit dans son sillage,
Des mots d’argent qui nagent, et deviennent tourbillons,
S’approchent de la plage, et y creusent un sillon.

Mystères, Matinaux, Morceaux… autant de mots dans autant de titres. J’ai craqué, j’ai acheté 4 recueils de textes de René Char.

Jeu d’émotions hors du temps. Tempus Fugit du cirque Plume. Je ne savais pas ce que c’était avant d’y aller. C’était juste extraordinaire. Une somme d’instants poétiques portés par des performances d’artistes magnifiques. J’étais littéralement hors du temps. Et je pensais à plusieurs personnes avec qui j’aurais aimé partager cette ballade sur le chemin perdu.

Vitesse, accélération, mouvement… Toute ma semaine était en réalité bercée par la rédaction de ce papier sur la sociologue, qui m’a parlé de traces du passé, de récits collectifs (ce que nous avons fait avec #MaVoix), de transitions, d’interfaces, de rapport au temps qui a changé, de temps qui fuit entre les doigts. J’ai hâte que vous découvriez son livre à paraître à la rentrée (c’est elle qui m’a poussé à lire René Char). Je livre mon article ce vendredi. Je l’ai intitulé : De la trace au récit: retrouver le temps de faire mémoire ensemble.

Soubresauts post-Brexit. TL envahie de commentaires, de citations, d’analyses… Tout est intéressant, impossible de faire le tri. Parmi les 5 ou 6 articles qui m’ont semblé sortir du lot, un retient mon attention. Il parle du #Bregret, le sentiment que de nombreux britanniques semblent avoir de s’être trompés en votant. Et qui proposent de refaire un référendum. Et qui disent surtout : « oui d’accord, c’est bizarre, on aurait du réfléchir avant de voter, c’est étrange de demander de revoter, vous (les politiques, les médias, les commentateurs…) allez trouver qu’on n’est pas bien finis, mais, et si, et si… et si c’était cela la réelle démocratie, plutôt que d’obtenir des scrores du genre 52-48, avancer pas à pas vers des choix beaucoup plus éclairés que ce que l’on nous force à faire à coups de sondages, de mensonges et de peurs brandies ?« . Je sens poindre l’intelligence collective, et cela résonne pas mal avec le week-end #MaVoix de début de semaine. Une boucle temporelle est bouclée. Next time…

août 6, 2015

Les lettres enlevées

Tellement de lettres semblent éternelles et tentent de rester ensemble, entremêlées, enchevêtrées… Les repérer, les recenser, les épeler, les égrener, c’est les empêcher de se détendre lentement entre les jetées d’herbe, de pénétrer fermement les temples d’été, de serpenter vers les venelles zébrées, de se presser entre les zestes de Xérès.

D’emblée, je pense me pencher vers elles, ces lettres démentes et déréglées, encres scellées et ferments de l’enfer. J’entends les délester de l’éternité. Les représenter en éphémère. Je me démène vers elles, le fer en emblème, et je les encercle. Excepté le E ! Je les démembre d’elles-même, je les perce, je trempe l’épée d’encens.

Je les rends, terrestre.

Je les mets en échec, les blesse. Elles cèdent, désespérées, hébétées. Je les décède. Je les descends en enfer, les remets en cendres. Je les cesse.

Et je me relève. J’émerge des Ténèbres le ventre déréglé : j’erre et recherche des mets. Je les sens, ces denrées de chef. Le vent sec les répète exprès. Je me redresse derechef et prestement. J’entre chez le Spectre Merle, temple en fenêtres de hêtre, de tremble, de frêne et de genêts. Je me sers d’entrées, d’entremets et de desserts, crêpes de blé, crèmes de thés et gelées de pêche. Je sens des essences d’Espelette et descends des verres de menthe effervescente. Je me délecte.

Entretemps, celle près des dés et des fées, celle célébrée entre les déesses vénérées et les elfes éméchées, cette excellente lettre de genre, ell-E, semble gênée d’être préférée. Belle belette, reflet de trèfle, belle et rebelle, femme éternelle, Ève de rêve, trente-sept degrés de sphères en derme d’ébène (effet de l’été), elle entre en scène. Elle fend, lentement, les mers d’Égée. Je reste bé, semelles d’Hermès enferrées. Elle, légère, sème. Sème les semences de l’été, le geste ferme, experte, de steppe en steppe. Je me fêle. Je m’éprends pêle-mêle de ses mèches de merle, de ses lèvres et de ses dents trempées de perles, de ses vêtements de dentelle et d’éther. Stress, spleen, regrets et détresse enlevées : cette dette envers elle ! Réservé, je me dégèle. Je me trempe de lettres, je dense, j’espère éprendre exprès d’Elle. Je rêve tête-bêche, je sève en secret. J’en tremble.

Je me rends, Céleste.

D’entrée de je, je me rends. Gente fée, berce tendrement mes rêves d’effets-mère. Reste près. Verse lentement les Sept Serments. Déferle éternellement tes sens.

 

Brest, le trente septembre
(temps clément etc.)

[éléments d’exégèse de ce texte]

juillet 26, 2015

J’ai testé Gwenacook, et j’aime ça

Vendredi soir dernier, le menu du repas n’est sorti ni d’un magazine, ni d’un site de recettes. Ce n’était pas non plus un dîner déjà fait mille fois (genre omelette ou pizza), ni un dîner improbable (genre omelette avec tout ce qui me tombe sous la main, même s’il n’y a pas d’œufs). On a testé le repas Gwenacook.

gwenacookVendredi dernier, le repas nous attendait dans une glacière, avec tous les ingrédients et juste les ingrédients, avec les recettes et un petit mot sympa de l’équipe Gwenacook, qui est en train de lancer cette activité de paniers prêts-à-cuisiner et pas prise de tête.

L’équipe, j’étais allé la rencontrer la veille dans son laboratoire, un ancien commerce de boucherie dans un petit bourg au nord de Quimper. Je connaissais déjà la porteuse du projet, la créatrice, Catherine, pour l’avoir croisée à la Cantine (numérique) de Quimper quelques mois avant ce lancement et plusieurs fois depuis. Je m’étais promis de suivre cela de près, car le projet avait tous les ingrédients qui me plaisent : de l’humain, de l’économie locale, des obstacles à franchir, du plaisir, la possibilité de créer et de renforcer des liens. Catherine bat la campagne et les marchés à la recherche de producteurs locaux et rapporte ses trouvailles à Alain, le chef, qui découvre les produits frais et élabore les recettes (oui, il invente les recettes au fur et à mesure), les réalise (et tout le monde les teste), puis passe la main à Claude, spécialiste des photos culinaires, qui immortalise les plats qui seront destinés, non pas à un livre cette fois, mais au site web et aux réseaux sociaux, animés par Marion (et mention spéciale au créateur du site Olivier).

Une histoire d’équipe, une histoire de famille, je dirai. J’ai passé avec eux deux bonnes heures à visiter leur laboratoire, une cuisine vraiment basique qui a tout des meubles et des ustensiles qu’un étudiant possèderait, car il faut que les recettes puissent être réalisées dans ces conditions (pas de robot, par exemple), basique certes, mais à partir de laquelle le chef Alain peut élaborer des menus qui vont ravir vos papilles, d’autant plus que les recettes sont rédigées pour être également accessibles (pas de réservez ni d’appareil dans les termes choisis, mais des mots de tous les jours).

Accessible également le prix (nota: le panier m’a été offert) puisque les deux plats qui étaient dans mon panier valaient entre 7 et 9 euros, et qu’un panier pour 5 repas (la semaine) vaut 34€. Le panier est en réalité une glacière que l’on commande via le site Gwenacook et qui nous attend dans le point relais de notre choix (il y en a un peu partout en Finistère, et de nouveaux qui arrivent). Un petit mot sur ces points-relais : ce sont également des commerces dans lesquels vous trouverez peut-être d’autres achats à faire (un caviste par exemple), ou bien où vous pourrez peut-être rencontrer un des producteurs. C’est le panier qui fait le lien…

Tous les ingrédients réunis dans le panier Gwenacook, y compris l’huile d’olive. Les recettes ont une gommette de couleur correspondant aux sachets, juste au cas où…

Je me suis donc retrouvé vendredi soir avec mon panier-glacière pour réaliser « Gondole à Venise », un églefin accompagné de boulgour et d’une sauce froide qui est entrée direct dans ma liste de sauces à refaire, et « À la Prévert », deux pilons au caramel et au gingembre relevés d’un jus fait de pêche et d’abricot (un seul fruit à chaque fois, la juste dose) et d’un avocat. Accompagné également de mon commis de 14 ans qui s’est occupé d’une des recettes pendant que je faisais l’autre. Chaque plat est conçu pour une personne, nous en avions deux, nous étions deux, admirez le savoir-faire. Sauf que de l’avis général, c’était déjà bien nourrissant pour nos appétits limités le soir, et nous en avons gardé un peu pour le lendemain.

Agréable moment passé en famille à faire la cuisine, à apprendre quelque geste au commis, à s’adapter car je n’avais pas de couvercle assez grand pour la poêle, à apprécier le choix des légumes et des fruits de belle qualité (attention cependant lors du transport de la glacière : j’ai chahuté un peu le panier et la pêche avait reçu un petit coup qui ne la mettait pas en valeur). Mention spéciale à la tomate particulièrement savoureuse. Les temps de préparation et de cuisson ne dépassent pas les 30 minutes, ce qui est l’idéal pour un repas du soir, en solo ou en petite famille. J’ai profité de la cuisson pour jeter un coup d’œil aux producteurs partenaires, sans retrouver ceux de mon panier (l’idéal pour moi serait que la recette soit aussi sur mobile, permettant d’aller voir les producteurs au passage, par exemple).

La Gondole à Venise, façon Aymeric. Le dressage est approximatif mais les saveurs étaient vraiment là. Miam!

La Gondole à Venise, façon Aymeric. Le dressage est approximatif mais les saveurs étaient vraiment là. Miam!

Résultat, on s’est régalé. Bon, la photo ci-dessus est bien pâle par rapport aux photos sur le site, que je vous invite vraiment à aller voir, mais les saveurs y étaient, et correspondaient bien à cette époque de l’année.

Gwenacook, c’est aussi une boutique en ligne pour ajouter des produits à vos menus, dont des produits bio. Et les idées ne manquent pas pour cette équipe, qui est en train de préparer les offres de parrainage, les offres groupe et des cartes cadeaux. De quoi les faire découvrir après les avoir testés (et adoptés) soi-même.

Alors si vous n’avez encore emprunté aucun des liens ci-dessus, commencez-donc par découvrir les plats de la semaine, et salivez bien !

juin 28, 2015

DLMMJVS #7

19695_10153414402364394_428980846101137236_nDoré au soleil. Plage déserte, sauf deux trois surfeurs au loin. Quelques baïnes conservent la chaleur du sable. Sous la serviette les puces de mer sentent un changement de température et sortent de leur abri, puis filent toutes vers l’eau bien trop loin. Un pluvier (je crois) qui a repéré ce manège vient prendre son goûter.

Lire Usbek&Rica de juin-août, découvrir que le député Pierre Lellouche qui « a passé énormément de temps sur le projet de loi Renseignement » parle de la technique de « l’inspection des poches profondes » ! Deep pocket inspection au lieu de deep packet inspection. Pleurer de rire. Ils votent, ils savent même pas de quoi ils parlent. Pleurer.

Mon dernier billet sur Medium : une idée comme ça qui tournait, et qui en quelques jours s’est sentie assez forte pour éclore et oser se montrer. Je pense que nous devrions abandonner une des émotions qui a permis à l’humanité de vivre jusqu’ici et essayer d’en inventer une nouvelle. Je plaide pour un leapfrog des émotions. Je sais, c’est un peu bizarre, mais je pense que je tiens vraiment quelque chose, et j’ai déjà la suite en tête.

Merci au Conseil d’administration de la Fondation Télécom pour avoir apprécié le travail effectué sur le cahier de veille Homme augmenté.

Jour de dernière mission pour l’agent secret au parapluie. Envie de passer la nuit à revoir des épisodes.

VTC = Vatican. Pope Hubert sera le prochain nom du pape. Car tous les chemins mènent à Rome.

Spectacle de danse : le petit chaperon rouge. Super, mais 3 heures ! Mais super !

juin 21, 2015

DLMMJVS #6

11407051_10153402482599394_3893454144589526014_nDix ans. Un anniversaire fêté avec quelques jours de retard, mi-temps familial oblige… Un des cadeaux est attendu, car souhaité et demandé explicitement plusieurs fois. La blague de « ah bon, j’avais pas compris que tu voulais ça ?! » marche plus vraiment. Et celle de « tu es sûre que tu veux un papier cadeau autour, puisque que tu sais ce que c’est ? » apporte la même réponse, « Papa ! Enfin !« , mais sur un ton différent. Toujours encore un peu enfant, besoin de surprise et d’imaginaire, même si on sait à quoi s’attendre. Mais elle n’a pas encore tout vu, j’aime bien étaler les cadeaux sur plusieurs semaines…

Lu (ou presque) : « La décision devra suivre notre processus d’arbitrage habituel : groupe → chef du groupe → comité de direction → directeur général → directoire → président ». OK, OK. On n’est pas sorti, là. D’accord, on parle d’arbitrage, c’est-à-dire de pouvoir arbitrer si jamais il y a trop de choix à faire. Arbitrer, pas décider arbitrairement, c’est déjà ça. Arbitrer en écoutant, j’en suis sûr (vu le contexte où j’ai lu cette phrase). Mais il y a beaucoup trop d’échelons. Puis ces mots : directoire, président. Puis ces mots genrés : chef, directeur, président. Tout cela ne correspond plus à rien, j’en suis intimement convaincu. Et comme je suis en train de travailler sur la gouvernance d’une structure à venir, je peux vous assurer qu’il n’y aura rien de tout cela.

Magie de quelques mots qui m’arrivent en rêve en début de sommeil (couché tôt pour une fois) et qui me réveillent :  « S’allumer. S’étreindre. S’allumer. S’éteindre. Clignoter encore quelques morceaux de soi. »

je ne m’ennuie jamais à Paris. Impossible. Matinée où je présente une première fois mon travail de ces derniers mois sur l’Homme augmenté. Après-midi avec une bande d’amis en devenir à repenser (et pas que penser, agir aussi) la démocratie à l’ère numérique. Soirée à découvrir cet excellent texte sur le futur de l’amour, et à discuter un peu avec son auteure.

Je vais peut-être changer de tactique avec mes tweets de TGV. Être moins sarcastique. Je me demande si cela n’attire pas les ennuis en cascade. Ce matin je tweete mon n-ième message se désolant du manque de haut-débit dans le train ( l’Arcep s’attaque au sujet, ça va dépoter, je vous dis), et quelques temps après, arrêt en pleine voie. Le train prend un premier quart d’heure de retard pour un problème à un passage à niveau, puis un autre pour un problème avec un train de fret bloqué en gare de Vitré. Finalement ce sera 2h30 (et bien plus pour les trains suivants, reroutés via Nantes pour aboutir à Rennes, 8h de trajet en tout) de retard, comme si il était impossible de passer sur une autre voie en gare pour éviter un train en détresse. Ah mais oui mais non, le train de fret bloqué, je l’ai vu, il était en rase campagne. Un train de transports de voitures, en plus.

Vice versa, c’est vraiment bien, allez-y. Je l’ai vu hier soir, mais vu le titre, hein…

« we Seul«  : je réponds cela à une amie qui me demande ce que je fais ce week-end. Et en l’écrivant, je m’aperçois que we veut dire nous et pas week-end, et que nous et seul c’est paradoxal. Je me demande laquelle de mes personnæ était aux commandes.

mai 31, 2015

DLMMJVS #3

CC-BY-SA-3.0 Wikimedia http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Caen_%C3%A9glise_de_la_Trinit%C3%A9_cl%C3%A9_de_vo%C3%BBte.JPG

Défi relevé. J’aime travailler sous contrainte. Une contrainte à la Oulipo. S’obliger à insérer un mot dans une chronique télé, un mot précis dans un texte, un paragraphe en lipogramme, ou mieux encore un nombre comme π ou (1+√5)/2 caché dans une succession de mots. Certaines fois cette contrainte s’étend entre plusieurs documents, comme pour les relier d’un fil invisible. C’est un peu comme une signature cachée, ou bien une clef de voûte.

Love hangover dans mes zoray.

huMAnisme, transhuMAnisme, hyperhuMAnisme, je ne sais combien de fois j’aurai écrit et pensé ces mots depuis presque 8 mois que je travaille régulièrement sur ce cahier de veille de la Fondation Télécom sur l’Homme augmenté, qui sera dévoilé mi-juin. Aujourd’hui j’ai vérifié toutes les espaces, les ligatures, les guillemets, les italiques, la taille des encarts, l’harmonie du texte vu de près comme de loin, les couleurs, les figures. J’ai du mal à me séparer de ce texte, le septième, sans doute celui qui m’aura le plus touché par son sujet. Jusqu’au dernier moment, jusqu’au bon à tirer, il est possible que j’ajoute une dernière actualité.

Memories, memories, sweet sweet memories. Une maison qui se vide, les derniers objets qu’on m’invite à emporter, mais les souvenirs restent, eux, ils s’accrochent, ils sont toujours là bien vivants comme au premier jour où je suis entré par cette porte. C’est amusant ces tours que la mémoire vous joue, ces jours que la mémoire vous rapporte.

Je fais…

un vœu. À cheval sur la nuit, entre 23h59 et 00h01, je fais un vœu sans voir d’étoile filante, un vœu de conversation nocturne, un e d’ans l’eau sous même longueur d’onde, à en perdre la raison en définitive… #8lettres

Spectacle de kermesse, dans une école privée où se mixent au moins deux religions. Les odeurs de frites saucisse sont encore dans l’air, mais personne ne s’en offusque, quelle que soit sa sensibilité, olfactive ou religieuse. Nous sommes en Bretagne, nous sommes en terre de tolérance, de mixité et de bienveillance. #JeSuisBreton

[image CC-BY-SA-3.0 Wikimedia]

mai 24, 2015

DLMMJVS #2

lac7052015

Détente autour du lac. Avec la blague classique, mais qui fait toujours son petit effet : « bon, on fait le tour, mais si on est fatigué à la moitié, on s’arrête et on fait demi-tour ». Il y a des pêcheurs à mi-cuisse dans l’eau, ils ont le droit de prendre 50 truites par an, dit la pancarte.

La journée des décalages spatiotemporels. Pour la troisième fois en 10 jours je reçois un SMS d’un medium qui me dit, au choix : Une personne vous cache quelque chose, Anthony ! Appelez au 08ZZZ ; Je t’aime tant… C le message que je capte d’une personne qui pense très fort à vs, Anthony ! Appelez au 08ZZZ. Eh, le medium, je m’appelle pas Anthony, donc, euh, tes capacités de voyance, je doute, je doute.

Maisons à vendre. Pourquoi les agents qui viennent visiter votre maison ne prennent pas en compte le travail qui y a été effectué, la vie qui s’y est déroulée, et la regarde d’un œil froid et détaché. Mais mettez de l’humain dans vos paroles, bon s… ! Comment pourrez-vous la vendre avec une histoire d’avenir pour vos clients si vous n’avez pas su respecter l’histoire précédente ? On me raconte ça, et je comprends bien.

Merci pour ce moment ! Escapade avec les lutins à Carantec, dans le but premier de dégoter des chocolats uniques en Finistère. On passe un bon moment à jouer avec la marée qui avance sur la route submersible, le temps est à nouveau au beau. Finalement on achète plein de chocolats, de macarons, de pâtisseries. On se régale, on est des gosses.

Jeux très étranges au Théâtre de Cornouaille où j’ai assisté à, qu’est-ce que c’était au juste ? des pièces musicales avec smartphones. L’idée est intéressante, la réalisation en revanche ne remporte pas vraiment l’adhésion. La musique contemporaine a cela qu’elle est peu lisible. Il faut faire un effort particulier pour la comprendre. Je pense que le compositeur aurait du commencer par faire interagir le public avant de lancer ses propres œuvres, ses solistes et son chœur, et aussi qu’il faut sourire. Des musiciens les yeux dans le vague ou fermés, euh, non, jamais. Soyez joyeux, et regardez votre public ! Enfin je crois. Mention spéciale au clarinettiste qui extrait des sons inconnus de son instrument. En revanche, moi l’altiste qui ait terminé mes études classiques par une œuvre contemporaine qui allait chercher l’âme de l’alto, ses cordes, son bois, en plus des crins de son archet, je crois qu’il faut aimer son instrument comme un être vivant, et la harpe m’avait l’air de souffrir un peu sous les coups de la partition qu’elle devait chanter. J’aurais aimé voir les partitions, d’ailleurs, voir la part de l’écrit et celle de l’impro. Mais le point d’orgue, les points d’orgue étaient ailleurs. Avant et après, avec des amis, du fromage, du vin et de l’improvisation de maître. Une soirée dingue, au bout du compte.

Ventricule droit et ventricule gauche ouverts. Ouch, le cœur c’est encore un peu fragile, si on n’y prend garde.

Seul pour une promenade réflexive, où je ne rencontre âme qui vive. Sans intentions, et sans mobile. Pas que j’utilise mon mobile à tout va, mais j’aime l’avoir comme une extension de soi, un lien activable à tout moment, au cas où. Pas cette fois. Je me promène sans avoir la possibilité de prendre une seule photo, je laisse les souvenirs à la nature. Je reviendrai en prendre plus tard, mais cette fois je me concentre sur l’observation et pas la conservation. Repérage des oiseaux qui me réveillent le matin à 5h30 et de plus en plus tôt. Repérage de chèvrefeuille aussi, que je viendrai peut-être soustraire à l’activité des abeilles un peu plus tard, parce qu’on m’a pas offert de fleurs depuis longtemps, faut que je fasse tout moi-même.

mai 20, 2015

Sens dessus dessous

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  • On s’empresse, sans cesse,
  • sans arrêt et sans raison,
  • On s’envoie des messages, on s’en maile (les pinceaux),
  • À la fin du jour, on ne s’en-nuit pas, on s’enveloppe de nuit,
  • On s’insomnise, sans bise.
  • Pourquoi s’en faire ?
  • Viens, on s’enfuit, sans bruit, on s’envole,
  • On s’emporte entre deux ailes,
  • Vers une île où le sable chaud sent bon.
  • Si on va nager ensemble,
  • est-ce qu’à la fin on s’em-brasse ?
  • On s’embrase, on s’enflamme ?
  • On s’emballe, on s’offre en cadeau.
  • On s’entre-aime entre deux portes.
  • Est-ce qu’on peut soigner son cœur par la sangsue (alité) ?
  • Loin des faux semblants.
  • Sens dessus dessous.
mai 17, 2015

DLMMJVS #1

DLMMJVS, Dimanche Lundi Mardi Mercredi Jeudi Vendredi Samedi. J’inaugure un nouveau rendez-vous avec moi-même, un nouvel essai d’écriture. Autour des 7 initiales de la semaine. Comme un acrostiche.

Falscher Jasmin im Botanischen Garten Erlangen

Falscher Jasmin im Botanischen Garten Erlangen CC-BY-SA-2.0-DE

Deux heures trente. C’est le temps qu’il me faut pour rallier Rennes en voiture. Je ne prends plus le train de Brest, ou de Morlaix, ou de Quimper. J’ai tout essayé, c’est trop long. Trop long et trop cher sans wifi et sans prise électrique. Et j’aime la route, un moment idéal pour écouter la radio. Petite pause à Rennes et train le lendemain pour Paris. Le seul hic : le retour sur Rennes se fait souvent de nuit, et la sortie sud de la gare de Rennes le soir, c’est juste pas possible. Presque pas d’éclairage, quelques rôdeurs. Mais ensuite, la rue des ormeaux avec ses jardins fleuris.

Levé tôt. Prendre le train pour une longue journée parisienne. Réflexions sur l’avenir de la démocratie, ou plutôt le retour, parce que bon. Rencontre avec 15 personnes formidables, chacune avec sa voix et ses idées. On va le faire, j’y crois, j’en suis persuadé. Coïncidence bizarre, j’avais prévu d’acheter du savon à Paris (ben quoi ? du savon spécial, bio et tout) et un des 15 s’avère être… savonnier. On discute. C’est bon d’aller pour quelque chose et de trouver autre chose. #sérendipité . Super soirée, comme d’habitude, avec les 100barbares. Couché tard. Nuits courtes.

Magique journée. Dans la droite ligne de la précédente. L’effet Paris. Je n’avais mis aucun rendez-vous, juste signalé sur Facebook que j’allais sur Paris. Résultat très réussi. Plein de sérendipité là encore, et de coïncidences de fou. Genre croiser une délégation brestoise dans un incubateur dans lequel j’allais voir une entreprise, et une délégation nantaise dans un autre incubateur. Un vieil ami me convainc de reprendre du service dans une association et me séduit avec une glace à la pistache de chez Amorino.

Mémoire vive. Un moment dans la journée, qui file droit au cœur. On dit que les souvenirs qui restent gravés pour longtemps sont ceux qui ont activé le plus de sens. Dans tous les sens du terme.

Jasmin, une fleur qui entre brusquement dans ma conscience. Je crois que je ne saurais pas reconnaître une fleur de jasmin, ou même l’odeur. Est-ce que le nez cela s’éduque ? En tout cas je passe une partie de ma journée à apprendre sur le jasmin, le symbole qu’il représente, la formule chimique de ses composés naturels ou artificiels, je voyage en Tunisie, puis au temps de Cléopâtre, puis à Grasse. Hmm, ça veut peut-être dire que j’ai du jasmin chez moi dans les extraits de parfum que je garde. Oui, j’en ai. Le jasmin d’été fleurit en juin.

Vraiment, vous trouvez pas qu’il y a trop de jours fériés au mois de mai ? Sérieux !

Soirée au musée : ce sera celui de la Marine à Brest. Je n’y suis pas allé depuis des années. C’est une agréable surprise, si on excepte que 250 personnes se précipitent en même temps, au pas de charge dans les premières salles. Mention spéciale aux salles sur le jouet dans l’univers du bateau. Visite à faire en prenant son temps. Compter deux heures.

octobre 6, 2014

L’ère numérique se construit ensemble : alors contribuez !

(petits compléments à découvrir et liens cités dans l’émission Quoi2Neuf sur Tébéo du 7 octobre 2014 (à partir de 5′ environ dans la vidéo ci-dessous (pb technique, image figée jusqu’à 7’30))

[Dans ce billet: 0. d’où je parle – 1. contribuez à #ello – 2. rapport Educ CNNum et 3. #contribuez]

Voilà plus de 25 ans que je suis arrivé sur Internet, et s’il y a bien une chose qui ne change pas, c’est la réaction des gens (la réaction des Français ? je suis de plus en plus enclin à le croire) devant la nouveauté. Un petit pourcentage s’en réjouit, prend ses piolets et ses crampons, et part en exploration pour ajouter des points sur la carte. Un autre pourcentage va jeter un coup d’œil, croit tout savoir en 10 minutes, et revient dans sa zone de confort en disant « bof, vous pouvez attendre ». D’autres vont aller jusqu’à répandre du FUD, histoire de bien plomber l’ambiance. Et le reste est passif.

Je suis dans la catégorie crampons et piolets. Même si ça prend du temps. Même si ça vous projette toujours deux ans en avance, au bas mot. Voire même surtout si ça vous projette loin là-bas, un peu seul dans cette zone d’exploration de nouvelles terres. Plus que de l’exploration, d’ailleurs, car contrairement aux navigateurs qui découvraient de nouvelles contrées, les cartographiaient, les livraient ensuite aux pionniers et aux promoteurs, explorer Internet c’est également le construire, comme si Christophe Colomb ou les Vikings avaient créés eux-mêmes le Nouveau Continent en plus de le découvrir.

Dans ce contexte, les presqu’explorateurs, les faiseurs de remarques défaitistes, les empêcheurs d’inventer la suite, sont devenus avec l’âge de plus en plus lassants. Tellement prévisibles. Donc lassants.


Alors, parmi les nombreuses contrées qui se sont ouvertes à nous ces derniers jours, je vous en propose trois. Dans les trois cas, quelle que soit votre impression de départ, jouez le jeu de l’explorateur qui consiste à apporter aussi sa pierre à l’édifice. Et pour cela je vous propose une méthode « pas à pas », inspirée d’une réflexion trouvée -dans un autre contexte, vous verrez lequel en suivant le lien- il y a quelques années chez François Guité. Explorer, lire, essayer, partager, puis réagir par quelques textes courts (tweets…), puis laisser mûrir, réfléchir encore, puis réagir plus longuement en partageant avec d’autres explorateurs, et ce en multipliant les médias et réseaux sociaux et les audiences.

Et justement, commençons par l’exploration d’un nouveau réseau social.

1. Ello, world ! (fin septembre)

Vous avez raté les débuts de Facebook, de Second Life, Twitter, Pinterest, de Copains d’Avant, de 6nergies (ah, celui-là, vous le connaissiez peut-être pas), les premiers blogs, les premiers vidéoblogs avec Seesmic, et j’en passe ? Voici la possibilité de découvrir un réseau social en construction, qui était en accès privé pour ses fondateurs il y a encore quelques temps, et qui a été ouvert en beta récemment. En beta, ce qui signifie que tout n’est pas encore parfait, les murs sentent encore la peinture, d’ailleurs la couleur va sans doute changer. Ce qui signifie aussi qu’il y a la queue pour entrer, car chaque nouvel utilisateur dispose seulement de 5 invitations à distribuer autour de lui, et les nouveaux sont acceptés au compte-goutte, pour ne pas écrouler tout l’édifice.

Ce réseau, c’est Ello, créé par sept artistes et designers (certains ne sont plus dans l’aventure), un réseau sans publicité aucune, avec la volonté de ne pas vous soustraire ou exploiter vos données personnelles. S’il a connu fin septembre une activité plus forte, c’est que de nombreux utilisateurs de Facebook, lassés de l’impossibilité d’avoir un pseudo sur ce réseau social, l’ont quitté avec fracas vers Ello. Il est d’ailleurs possible que cela ait contribué à faire changer d’avis Facebook, puisqu’on peut à présent à nouveau vivre sous pseudo dans Facebook. Pour en savoir plus, voir l’interview de Paul Budnitz (un des créateurs de Ello) dans le Monde, fin septembre, et Ello : un réseau social protecteur de la vie privée, est-ce vraiment possible ?, une analyse d’Antonio Casilli, sociologue, dans Télérama.

Capture d'écran de mon compte ello le lundi 6 octobre 2014

Capture d’écran de mon compte ello (retrouvez-y moi) le lundi 6 octobre 2014

Pour rejoindre Ello, soit vous passez par la file d’attente en demandant une invitation, soit vous avez la chance de trouver quelqu’un qui est déjà à l’intérieur et dispose encore d’invitations. Dans ce dernier cas, cherchez #ello sur twitter, ou des variantes comme #elloinvitecode, et adressez-vous à celles et ceux qui en parlent, c’est souvent le meilleur moyen. Une fois dedans, vous serez relié à la personne qui vous a invitée, et il vous faudra pour commencer vous relier à d’autres personnes pour voir votre feed (votre page) se remplir. Vous devrez aussi changer votre page de profil, avec une image de vous, une petite bio, une plus grande image, choses très classiques chez Facebook ou Twitter ou ailleurs, donc n’hésitez pas à prendre les mêmes éléments, quitte à les modifier après. Signalez votre présence sur ello à vos amis FB et Twitter et ailleurs, ils s’abonneront à vous s’ils y sont déjà, et vous n’aurez plus qu’à les suivre en retour.

Bref, au bout d’une demi-heure, vous devriez avoir une dizaine de correspondants dans Ello, ce qui est un bon début. C’est le moment de faire votre premier tweet, euh, votre premier ello. Que ce soit en version web ou mobile (pas encore d’application mobile à cette heure), le champ pour entrer votre texte est très visible. Le bouton pour envoyer le texte l’est un peu moins, mais les raccourcis classiques (Ctrl-Enter sous windows…) sont là pour vous faire gagner du temps.

Astuce, entrez donc un mot avec deux * de chaque côté… Ah tiens, quelque chose de nouveau, le texte est passé en gras. Et oui, Ello vous permet un minimum de formatage de vos textes, ce qui peut s’avérer utile pour le lecteur. Vous trouverez rapidement comment faire, je vous laisse explorer.

Voici tout de même quelques points d’entrée pour accélérer votre exploration, ceux que j’ai donnés à celles et ceux que j’ai invités :

Les critiques n’ont pas manqué dès l’ouverture de Ello en beta, comme si tout devait être parfait depuis le départ, avec une communauté florissante, un design fonctionnel et qui plaise à tout le monde. Les raccourcis aussi : « Ello, le réseau social anti-facebook ». Chroniques d’une mort annoncée. Surtout ne cherchons pas à voir ce qui pourrait être intéressant, par ex., en quoi regrouper les gens qu’on suit en deux uniques catégories, Friends et Noise, peut apporter quelque chose, ou pas. Les titres provocateurs qui disent le contraire de l’article : 80% des utilisateurs ello auraient déserté le réseau au bout d’une semaine, alors qu’en réalité ces utilisateurs sont toujours là, mais passifs, inactifs, observateurs, mais ils n’ont pas fermé leur compte pour autant, et ces chiffres correspondent aux débuts de tous les autres réseaux sociaux, comme l’explique l’article, à partir d’une étude faite début octobre par RJmetrics.

Rares sont les articles qui, comme celui d’Amandine Schmitt sur le Nouvel Obs, ont comparé avec les autres réseaux sociaux  nés en contrepoint de Facebook, et sont aujourd’hui dans des états divers. Je vous le recommande. Voir aussi l’article de Guénaël Amieux sur Medium (vous connaissez ? Medium aussi vaut le coup), qui propose une analyse intéressante sur la part « barbu geek » et « designer » dans ces nouveaux réseaux. Voir aussi Le succès du nouveau réseau social Ello, un signal de la fin de la croissance de Facebook.

Mais qu’est-ce qui est le plus important, au fond ? Que Ello soit encore imparfait d’un point de vue design, ou soit toujours centralisé début octobre, ce qui ne correspond pas à l’esprit d’Internet, « l’intelligence doit être sur les bords, pas au centre », comme le rappelle très bien Guénaël Amieux ? Ou que c’est l’occasion, une occasion de plus, d’essayer, de tenter, de participer à une création collective, et justement de s’assurer qu’elle garde ses objectifs initiaux en ligne de mire, quelque soit le chemin qu’elle emprunte.

Nous pouvons vraiment façonner le monde numérique qui se crée, en y inventant nos propres usages, fruits de notre expérience et de nos besoins actuels (rappelez-vous, c’est un utilisateur de twitter, Chris Messina, qui a apporté le #hashtag dans ce réseau, pas les concepteurs de twitter). Alors pourquoi s’en priver ? Y contribuer, plutôt que critiquer

Et cela va bien au-delà d’un nouveau réseau social, somme toute anecdotique. Pourquoi ne pas s’emparer d’enjeux encore plus important, comme l’Éducation par exemple ? Allons-y.

2. Amener l’école à l’ère numérique : le rapport du CNNum est sorti (3 octobre)

Annoncé depuis quelques mois, le dernier rapport du Conseil National du Numérique (CNNum) est intitulé, peut-être un peu pompeusement pour certains, « Jules Ferry 3.0, bâtir une école créative et juste dans un monde numérique« . Je cite :

Après le rapport “Citoyens d’une société numérique” qui analysait le numérique comme un levier de l’inclusion sociale et du pouvoir d’agir (novembre 2013), le Conseil national du numérique a identifié l’éducation comme un point nodal. Dans la continuité des ses travaux sur l’inclusion, le Conseil a ainsi constitué fin 2013 un groupe de travail dédié à l’éducation dans une société numérique, composé de Sophie Pène, membre pilote, Serge Abiteboul, Christine Balagué, Ludovic Blécher, Michel Briand, Cyril Garcia, Francis Jutand, Daniel Kaplan, Pascale Luciani-Boyer, Valérie Peugeot, Nathalie Pujo, Bernard Stiegler, Brigitte Vallée, membres du Conseil.

Sur près de 120 pages ce rapport fait 40 recommandations déclinées en 8 axes (extrait du communiqué de presse – pour une version détaillée, voir cet article sur a-brest.net, publié par notre contributeur brestois local, Michel Briand) :

  1. Enseigner l’informatique : une exigence
  2. Installer à l’école la littératie de l’âge numérique
  3. Oser le bac HN Humanités numériques
  4. Concevoir l’école en réseau dans son territoire
  5. Lancer un vaste plan de recherche pour comprendre les mutations du savoir et éclairer les politiques publiques
  6. Mettre en place un cadre de confiance pour l’innovation
  7. Profiter du dynamisme des startups françaises pour relancer notre soft power
  8. Écouter les professeurs pour construire ensemble l’école de la société numérique

Il faut lire ces 120 pages, fruits -explique l’avant-propos- d’une large concertation menée sous diverses formes : entretiens avec plus d’une centaine de personnalités, visites de sites physiques, ateliers, lectures de nombreux rapports antérieurs… Il faut les lire en entier, avant là encore de les critiquer, et si on a des critiques, il faut les apporter de manière argumentée, en prenant son temps, et pas d’un simple tweet lapidaire. On peut ne pas être d’accord avec tout, on peut ne pas être d’accord avec l’ordre donné aux recommandations, on peut trouver que l’idée d’un nouveau Bac « Humanités Numériques » est étrange, pour plein de bonnes ou mauvaises raisons. En revanche, on ne peut vraiment plus se permettre de rejeter un tel rapport, et d’attendre le prochain pour lui faire subir le même sort. L’urgence est plus que jamais à la refonte de notre manière d’apprendre, tout au long de la vie.

Et à cet exercice de la critique constructive, Michel Guillou a excellé, en publiant ce lundi 6 octobre une longue lettre ouverte au CNNum, après plusieurs échanges avec les uns et les autres sur twitter depuis quelques jours. Il y souligne plusieurs points qui m’ont également gênés, comme par exemple la création d’un CAPES ou d’une agrégation d’informatique, et d’autres encore. Ce contrepoint est un excellent complément au rapport. Il y en aura peut-être d’autres, écrits par d’autres commentateurs. L’idéal seraient de pouvoir les trouver en une seule et même place, un lieu où les contributions de chacun pourraient s’articuler, se compléter, se nourrir, et permettre au bout du compte une large concertation partagée et comprise par tous les citoyens. [edit: voir aussi les réactions de Joel Ronez, l’UNSA Éducation et savoirscom1]

Et c’est peut-être ce qu’initie la troisième nouvelle de la semaine que je voulais commenter.

J’ajoute que j’avais proposé à Michel Briand, du temps où j’étais encore président de la Cantine numérique brestoise, de discuter à la Cantine des points du rapport une fois publié. C’est toujours valable.

3. La France se met à jour ! Contribuez à l’ambition numérique de la France… (4 octobre)

Annoncée également depuis quelques semaines, sous la responsabilité -encore lui- du Conseil National du Numérique, une plateforme participative a été lancée ce samedi du NUMA, en présence de nombreux acteurs et constructeurs du numérique en France, accompagnée des vœux et interventions d’Axelle Lemaire et de Manuel Valls.

Quel en est l’enjeu ? Il s’énonce simplement. Il peut être également surprenant, car on a fini par s’habituer que « les autres décident pour nous ».

La révolution numérique est une chose trop importante pour la laisser aux grandes plateformes américaines ou chinoises, ou même aux  geeks […]. C’est aux citoyens d’une « république numérique » […] de décider dans quelle société numérique nous voulons vivre. (Conclusion du discours du président du CNNum)

C’est pourquoi une large concertation est lancée, à la demande du premier ministre, pour « recueillir et analyser les avis et contributions des citoyens et des acteurs de la société civile, associatifs, économiques et institutionnels sur les besoins et les démarches à adopter en matière de numérique, notamment en ce qui concerne le développement économique, l’innovation, les droits et libertés fondamentaux« . Elle s’organise autour de 4 thèmes :

  1. Croissance, innovation, disruption
  2. Loyauté dans l’environnement numérique
  3. Transformation numérique de l’action publique
  4. Société face à la métamorphose numérique

Voir l’interview de Benoît Thieulin, président du CNNum, dans l’Express. Ci-dessous un résumé de ce qui s’est dit au NUMA samedi, et explorez aussi le hashtag #contribuez.

Ne soyons pas angélique ou naïf, ce type d’appel participatif pourrait très bien se transformer en eau de boudin, si on n’y prend garde. J’interprète donc le regard ironique du camarade Stéphane Bortzmeyer ci-dessous comme un appel à y croire tout de même, parce que nous allons effectivement contribuer, et nous ne laisserons pas faire si ce que nous disons (parfois depuis plus de vingt ans) reste lettre morte.

Et parce que depuis des années que je fréquente divers réseaux du numériques, informels ou pas, associatifs, d’entrepreneurs, de dinosaures de l’internet comme de jeunes générations Y, Z ou alpha (on sait plus), de politiques comme de citoyens ordinaires, de visionnaires comme d’observateurs, je crois (je sais) qu’il existe aujourd’hui un large groupe de personnes vigilantes (qui vont faire la différence) qui échangent continuellement, jour et nuit, sur tous les réseaux et IRL comme on dit, en France et ailleurs, pour s’assurer que la France ne vas pas rater, malgré ses travers (peuple de râleurs, peu enclin à la réforme, dit-on de nous), l’ère numérique, et va même tirer tout le monde par le haut.

Alors, vous savez ce qui vous reste à faire ? Faites partie de ce mouvement, vous aussi.

septembre 16, 2014

Dis-moi : à quoi tu penses ?

(petits compléments à découvrir et liens cités dans l’émission Quoi2Neuf sur Tébéo du 16 septembre 2014)

Un nouveau pas vers la télépathie

C’est probablement la première véritable expérience de télépathie à laquelle se sont livrées plusieurs équipes internationales de chercheurs entre l’Inde, la France et l’Espagne au premier trimestre 2014, a-t-on appris dans une publication parue au mois d’août et qui a été repérée dans la presse grand public début septembre (ici, , et des dizaines d’autres articles via google…). Cette expérience s’est effectuée dans le cadre d’un projet de recherche européen (tous les détails au début de la publication, en anglais).

(présentation de l’expérience, 4’23, anglais)

Rappelons que la télépathie (du grec τηλε, tele (distance, loin) et πάθεια, patheia (sentiment : πάθoς, ce que l’on éprouve)) consiste en la transmission d’informations entre deux personnes sans utiliser d’informations sensorielles, de cerveau à cerveau. Dans le sens commun, la télépathie est supposée se faire directement de cerveau à cerveau, sans aide d’aucune sorte, par la simple force de l’esprit. Dans l’expérience relatée, un appareillage a été nécessaire, mais bonne nouvelle, il n’était pas intrusif, c’est-à-dire que personne n’a fait de trous dans la tête des chercheurs volontaires pour y insérer des sondes.

Comme le montrent les deux images ci-dessous extraites de la publication citée plus haut, l’expérience a consisté en la transmission de deux mots de 4 lettres, hola et ciao, qui ont été transmis un certain nombre de fois, encodés sous forme binaire, via Internet, entre une personne en Inde et une autre à Strasbourg. Le protocole scientifique (détaillé dans la publication, je l’ai lue pour vous) fait peu de place au doute : jamais les deux participants n’ont pu tricher ou être influencés par des sensations externes parasites, et on peut affirmer que l’activation dans le cerveau du participant en Inde de ces deux mots a bien été perçue par celui situé en France…

journal.pone.0105225.g001journal.pone.0105225.g002Une sonde neurale était placée sur la tête de l’émetteur, à qui était présentée une série de 1 et de 0 codant astucieusement  les mots hola et ciao. En fonction de ces 1 ou ces 0, le participant devait penser soit à bouger la main, soit le pied. Cette « pensée », cette intention de geste pouvant être repérée en monitorant l’activité de certaines aires du cerveau via la sonde neurale, il était ensuite facile d’envoyer la série de 0 et de 1, par mail (!), à Strasbourg, où attendait le second patient. Un patient légèrement plus équipé que le précédent, puisqu’il recevait des impulsions via un système robotisé de stimulation magnétique transcrânienne (TMS) développé par la société française Axilum Robotics. En gros, son cerveau était stimulé à chaque 1 ou 0 par un flash de lumière artificiel dans sa vision périphérique. Noter que toute l’expérience a été validée par des comités éthiques et des protocoles internationaux sur l’expérimentation humaine. Le patient français n’avait plus qu’à indiquer la suite de 0 et de 1 reçue, et hop, avec des taux d’erreur plutôt satisfaisants, les mots hola et ciao ont été transmis à peu de frais d’Inde en France !
Pour en savoir plus, l’interview de Michel Berg, médecin et président de la société Axilum Robotics, sur le site de 20 minutes.

Super, est-ce que je peux refaire cela chez moi demain matin ?

Pas encore, jeune padawan, pas encore. La partie « stimulation magnétique transcrânienne » n’est pas encore vraiment portable, comme on peut le voir. En revanche, les sondes neurales sans fil existent, et certaines sont déjà en vente pour le grand public. C’est notamment le cas de la sonde ChooseMuse, par Interaxon, une entreprise canadienne.

J’ai vu cette entreprise pour la première fois lors de l’édition 2010 de LeWeb, et je dois dire que nous avons tous été impressionnés par Ariel Garten, CEO d’Interaxon, qui portait (dans tous les sens du terme), le projet. Vous pouvez revivre ces moments si vous avez 26mn devant vous, cela vaut le coup.

Pour aller plus loin que son prototype, Interaxon a lancé une des premières campagnes de financement participatif (on dit aussi crowdfunding – 287000$ levés…) sur Indiegogo, et ni une ni deux, comme 600 personnes dans le monde, j’ai sorti ma carte bleue et commandé une sonde. Après plusieurs retards (un an et demi de développement, au bas mot), j’ai reçu ma sonde fin juillet, et cela valait vraiment le coup d’attendre.

Pour les plus geeks d’entre nous, ceux qui savent à la fois penser et coder, un SDK est disponible qui permet de développer des applications tirant partie des 5 signaux EEG (électro encéphalogramme) monitorés, en plus de données de type accéléromètre. Mais rassurez-vous (puisque vous aussi vous pouvez acheter votre ChooseMuse dès aujourd’hui, à un tarif un peu plus élevé que moi, c’est sûr), la sonde est livrée avec une application mobile (Android, iPhone), « Calm » qui permet de faire des séances de « méditation » et d’apprendre à maîtriser son activité cérébrale.

La sonde doit pour commencer être associée via Bluetooth à votre mobile (c’est très simple, et très bien expliqué), puis à chaque session de Calm, elle doit être calibrée pour être sûr que votre activité cérébrale est correctement interprêtée. Pour cela, l’application vous demande (en anglais) de vous concentrer pendant une minute sur des personnes célèbres, des animaux, des métiers… Ensuite, pendant 3mn ou plus, vous devez faire le vide dans votre esprit, pendant qu’une musique douce vous berce, et que vous entendez les bruits d’une plage déserte. Si votre activité cérébrale est perturbée, vous entendez alors la tempête se lever, et plus vous vous détendez, plus vous entendez les petites vagues au bord de la plage. Le but ultime est d’être suffisamment calme pour entendre des oiseaux.

 2014-09-16-04-48-08Ma séance ce matin vers 4h22. Oui, je me lève tôt.

2014-09-16-04-50-41Je n’ai pas été assez calme. Bon, c’est pas si mal, mais on voit qu’à plusieurs moments j’avais une activité cérébrale forte, quand je pensais à ce que j’allais dire dans ma chronique sur Tébéo, ou quand le chat m’a sauté dessus, et vers la fin quand l’application ma « réveillé ». Résultat, seulement 299 points engrangés, alors que je me suis fixé un objectif de 5500 points par semaine. J’ai d’autres séances à faire, peut-être plus longues pour engranger plus de points.

2014-09-16-04-51-122014-09-16-04-51-35Sans doute à cause du chat, je n’ai entendu aucun oiseau.

2014-09-16-04-52-00Chaque séance de Calm se termine par des conseils ou des informations permettant de mieux comprendre le fonctionnement de son cerveau et d’utiliser au mieux le dispositif.

ChooseMuse fait régulièrement des séances de démonstration en Amérique du Nord, mais les équipes avec qui je suis en contact m’ont dit qu’elles le feront bientôt également en Europe. N’hésitez donc pas à suivre @choosemuse sur twitter pour en savoir plus, et moi également @AymericPM car je suis en train de travailler à des applications autour de Muse.

Revoir la chronique sur tébéo (à partir de 5’28)

septembre 10, 2014

Lire, écrire, compter, coder

(petits compléments à découvrir et liens cités dans l’émission Quoi2Neuf sur Tébéo du 10 septembre 2014)

Pour cette première rubrique numérique de la rentrée 2014 sur Tébéo, j’ai choisi de parler de l’enseignement du code à l’école. Ou, disons plutôt, de l’intérêt de proposer à des enfants des activités où ils vont apprendre à coder. Parce que si on y réfléchit deux minutes, c’est un des apprentissages qui manque le plus aujourd’hui alors que nous sommes en plein début d’ère numérique. Et dès qu’on en parle, il y a toujours quelqu’un (au hasard, ci-dessous, parce que c’est tombé aujourd’hui) qui tente de vous balayer d’un « non, mais vous n’y pensez pas mon brave, il y a déjà les savoirs fondamentaux à maîtriser. »

(à ce propos, comme je ne vais pas traiter du tweet du philosophe ci-dessus, je vous invite sur le billet de Rue89 qui l’a très bien fait)

Vous savez lire, écrire, compter, et vous ne savez pas programmer ?

Vous ne savez pas programmer votre ordinateur pour qu’il aille vous chercher le bulletin météo de votre ville, ou une liste de disques qui corresponde à votre humeur ? Vous avez bien raison, car comme on dit, il y a une application pour ça. Et votre mobile ou votre machine est plein d’applications qui vont faire le boulot pour vous, c’est bien pratique. Alors pourquoi aller voir sous le capot ?

Sous le capot, il y a des algorithmes, et ces algorithmes finissent par prendre des décisions pour vous. Mais c’est quoi un algorithme ? Réflexe wikipedia :

Un algorithme est une suite finie et non ambigüe d’opérations ou d’instructions permettant de résoudre un problème.

Le mot algorithme vient du nom latinisé du mathématicien perse Al-Khawarizmi, écrivant en langue arabe, surnommé « le père de l’algèbre ». Le domaine qui étudie les algorithmes est appelé l’algorithmique.

Bon, prenons une analogie qui vaut ce qu’elle vaut. Un algorithme, c’est un peu comme une recette de cuisine. Il y a des entrées (les ingrédients), des sorties (un cupcake ou du rôti de veau Orloff), et une série d’instructions pour aller des premières aux dernières (avec un vocabulaire spécifique, genre « déglacer », « réduire », « réserver » qui fait un peu jargon au début). Vous savez lire les recettes, écrire la liste des courses, et compter le nombre d’œufs ? Alors vous êtes prêts à faire la cuisine. Comment ? Vous ne savez pas cuisiner ? Vous achetez toujours tout fait, réchauffez des surgelés, et vous vous laissez guider par les goûts des autres ? Tsss tsss. Sûr qu’à un moment donné vous avez regardé une recette de plus près, et fait la pâte à crêpes pour le goûter. C’est bien plus amusant, on s’en met partout, on renverse un peu la farine et on apprend comment récupérer une coquille d’œuf au milieu du reste, mais au bout du compte, on se régale, on est content de soi, et on a hâte s’attaquer à la fondue de poireaux. Alors pourquoi pas apprendre à programmer ?

Car pendant ce temps, les algorithmes continuent de tourner pour vous. Sur Facebook ne s’affiche qu’une infime partie des messages de vos amis, et ce qui s’affiche correspond à ce que vous avez aimé dans le passé, les statuts de vos amis, les pages que vous aimez, ce que vous avez écrit, voire peut-être ce que vous faites pendant que Facebook est encore ouvert. En fait on n’en sait rien, car l’algo de Facebook n’est bien sûr pas public. Ce qu’on sait en revanche, c’est que si on pousse à bout le système, par exemple en likant systématiquement tout ce qu’on voit, on se retrouve avec une page Facebook complètement étrange, et par effet de bord vos amis voient leur expérience Facebook complètement modifiée, comme cela a été démontré récemment (l’expérience inverse est intéressante aussi). Et ce qui est vrai pour Facebook, l’est aussi pour tous les autres sites de recommandations, comme par exemple le site où vous allez choisir vos séries préférées. Ou le programme qu’utilise votre assureur pour vous proposer une solution d’assurance (et des tarifs) qui correspond à ce que l’on sait de vous…

D’où l’intérêt de comprendre comment les algorithmes finissent par organiser le monde autour de nous, et être capable éventuellement d’agir sur eux, voire d’en créer de nouveaux.

Soit ils programmeront, soit ils seront programmés

C’est ce que disait la ministre Fleur Pellerin en début d’année, parlant de nos enfants, alors qu’elle était en charge du numérique au Gouvernement, rapportait Les Echos fin avril dernier. Et l’article de préciser :

Certains pays ont passé depuis longtemps la vitesse supérieure. En Chine, au Japon et en Corée du Sud, l’informatique est enseignée sur un mode obligatoire dès l’âge de 8-10 ans et jusqu’à l’équivalent du bac. Même chose en Inde. Plus près de nous, la Bavière est le Land le plus à la pointe de l’Allemagne fédérale : l’informatique y est enseignée de façon continue tout au long de la scolarité depuis une quinzaine d’années. Sans doute Barack Obama avait-il tous ces exemples en tête lorsqu’il a enregistré un petit film, visible sur Internet, dans lequel il exhorte les jeunes Américains à concevoir des applications pour smartphones plutôt que les télécharger, à programmer plutôt qu’à consommer.
Alors, pourquoi pas en France ? Oh, cela a été tenté plusieurs fois, car ce ne sont pas les rapports sur les TIC, puis les NTIC, puis le numérique qui manquent en France. Mais il y a toujours un problème pour généraliser, on manque de professeurs formés à l’informatique, les collèges ne sont pas tous en haut-débit, on peut pas équiper tous les enfants d’une tablette, c’est la porte ouverte aux produits de Microsoft et à Google à tous les étages, on a déjà tenté avec le TO7, qu’est-ce qu’on s’est marré, mais surtout, surtout, si déjà nos enfants savaient lire, écrire et compter, ma bonne dame.
On pourrait donner mille raisons sur notre retard français en la matière, et en particulier généraliser à notre manière bien française de voir l’éducation, mais ce serait aujourd’hui perdre notre temps, car les autres pays avancent et forment des citoyens qui seront adaptés au monde d’aujourd’hui et de demain. Il faut qu’on y aille, d’une manière ou d’une autre, on ne peut plus tergiverser.

Maîtriser les literacies de l’ère numérique

Car l’enjeu derrière tout ça, c’est d’apprendre à maîtriser les nouvelles literacies à l’ère numérique, c’est à-dire les compétences qui vous permettent de vous adapter au XXIe siècle, comme par exemple savoir s’en sortir avec les grandes masses d’informations qui nous submergent. Apprendre à coder pour savoir décoder le monde. Savoir aussi décoder les images et les données. Maîtriser l’internet des objets. Et demain maîtriser les intelligences artificielles qui seront dans nos objets.

Est-ce que cela s’apprend à l’école d’ailleurs ? Pas seulement. Beaucoup d’acteurs le proposent dans les activités extra-scolaires, comme par exemple à Brest les Petits Hackers, ou ici et là ce qu’on appelle les Coding Goûters (la Cantine numérique de Toulouse en propose régulièrement), et on pourrait multiplier les liens.

Et est-ce que seuls les enfants sont concernés ? Pas du tout. Apprendre à coder peut être une occasion pour les adultes de se créer une nouvelle voie professionnelle, et même ceux qui ont déjà une activité s’y mettent. Un exemple parmi d’autres (je ne peux pas être exhaustif) la proposition de Le Wagon pour deux semaines au vert pour apprendre le surf (le vrai, celui dans l’eau) et le code, que vous soyez débutant ou pas.

En réalité, on n’a pas le temps d’attendre une génération, le temps que 20 classes d’âge soient formées. Il faut que tous ensemble, enfin disons un très grand nombre d’entre nous, apprenions à maîtriser le code. Programmer ou être programmés.

L’idée n’est pas que tout le monde devienne développeur à plein temps, bien sûr. Quand on vous apprend à écrire, l’idée n’est pas que vous deveniez écrivain (si ?). L’idée est que vous soyez mieux à même de comprendre l’ère numérique, le monde qui est autour de vous, que vous allez d’ailleurs contribuer à construire. Coder peut vous apprendre à penser ! Et accessoirement, en s’attaquant à des problèmes concrets, coder permet aussi d’apprendre à lire (dans d’autres langues), à écrire (de la documentation, des sites web), et à compter.

Trop dur pour moi ?

C’est ce que tout le monde pense aussi en faisant ses premières crêpes. Et pourtant il n’y a rien de compliqué, vous diront celles et ceux qui se sont lancés. D’autant plus qu’aujourd’hui il est possible de découvrir les principes du code directement sur Internet, via tout un paquet de tutoriaux et de logiciels très bien faits, par exemple Scratch (regardez cet exemple, et essayez le bouton « See inside »), qui vous guident pas à pas, visualisent immédiatement vos résultats, et vous donnent tout de suite satisfaction.

(vidéo extraite de http://www.worrydream.com/LearnableProgramming/)

Allez, tentez de relever un défi, inscrivez-vous sur le cours de Python proposé par OpenClassRooms qui débute le 7 octobre prochain, et on en reparle ?

See you next week

La semaine prochaine je vous parlerai de télépathie et tenterai de méditer avec l’aide d’une sonde neurale que j’ai reçue cet été…

février 10, 2014

Chronique numérique du 5 février 2014

Thème principal : À l’ère du numérique, stop aux stéréotypes (à 6’18)

Le conducteur proposé

(on notera à quel point ce qui est dit en plateau diffère de ce qui est préparé. Mais le conducteur que je rédige, quand je le rédige à ce point, sert surtout à donner l’état d’esprit de la chronique, pas à être récité, bien que cette fois-ci, compte-tenu des OFF qui devaient tomber au bon moment, j’ai voulu suivre un fil plus précis)

Xavier : Bonjour Aymeric. Aujourd’hui vous voulez nous parler de clichés et de stéréotypes !?

Aymeric : Bonjour Xavier. Quand j’ai commencé à travailler sur ces chroniques numériques en septembre, je m’étais dit que je ne parlerai jamais du dernier téléphone ou de la dernière console de jeux. Ce ce que j’ai envie de vous faire, c’est vous parler du numérique qui change nos vies ou notre monde en profondeur, pas le dernier gadget ou même les 10 ans de Facebook. Pas du monde numérique, mais du monde à l’ère du numérique. Pas de la fiscalité du numérique, par exemple, (on vient d’apprendre que le fisc souhaitait redresser Google d’un milliard d’euros), mais de la fiscalité à l’ère du numérique. C’est pourquoi je vous ai parlé d’ateliers de fabrication numérique, de startups et d’entreprises, de révolution industrielle et de l’économie de la donnée ou de la mesure de soi.

Mais pour cette semaine, j’avais envie de changer un peu, et j’ai fait appel à twitter pour me proposer un sujet. Et c’est dimanche matin que je suis tombé sur ça :

Envoi du OFF tweet-stereotype.

OFF-APM05022014-tweet-stereotype

XP : il s’agit d’un appel à manifester sur twitter ?

APM : Oui Xavier, nous sommes en pleine folie sur la ou les théories du genre qui seraient enseignées à nos chères têtes blondes, avec son lot de rumeurs et de comportements irrationnels. Ce qui se passe c’est que les gens finissent par ne plus savoir réfléchir par eux-même, et réagissent en se laissant guider par leurs peurs primales. C’est d’ailleurs ce qui nourrit la pensée de certains ou certaines, toute une série de stéréotypes desquels on ne peut plus se défaire, les garçons en bleu et les filles en rose, les garçons mécaniciens et les filles à la cuisine.

Un collectif d’enseignant propose alors de réagir sur twitter en dénonçant ce type de stéréotypes, et en utilisant le hashtag #StopStereotypes, en disant « je suis un homme et… » ou « je suis une femme et… », et en y ajoutant une photo. Cela marche plutôt pas mal, même si j’ai l’impression qu’il y a eu surtout des « je suis une femme et… ».

Alors je me suis dit qu’il y avait d’autres stéréotypes, des clichés, de ceux qui nous donnent des certitudes et nous rassurent, même s’ils sont complètement faux ou en partie faux, des moins graves et des plus sérieux. Comme par exemple « oh, à Brest il pleut tout le temps » (ndlr: on est hélas en pleine tempête Petra) ou « les Français mangent des grenouilles » « les femmes sont plus sensibles que les hommes ». Ou plus sérieusement, ces stéréotypes qui font qu’on reste bloqué, on ne va pas vers les autres, on n’ose pas changer. Et c’est dimanche après-midi que je suis tombé sur ça :

Envoi du OFF tweet-MOOC

OFF-APM05022014-tweet-MOOCXP : Ah, vous nous avez déjà parlé des MOOCs

APM : Aujourd’hui, avec les MOOCs, les cours suivis massivement en ligne, et surtout toutes les nouvelles techniques pédagogiques associées, des pans entiers de population qui ne pensaient pas qu’ils pouvaient le faire se mettent à découvrir l’astronomie, le management ou coder des applications mobiles.Elle ne pensait pas qu’elle en était capable, et elle l’a fait. Elle a appris le langage HTML et les feuilles de style CSS, ce ne sont pas des gros mots, ce n’est pas inutile, ce n’est pas difficile, et c’est une des bases du monde numérique aujourd’hui. Nous assistons là à un bouleversement profond de l’enseignement à l’ère du numérique.

OFF ecole-42 pendant le paragraphe suivant

OFF-APM05022014-ecole42Et là je veux vous parler de l’Ecole 42. C’est la fameuse école créée par Xavier Niel et d’autres, et un des fondateurs est Kwame Yamgnane. Kwame est brestois, son patronyme est connu en Finistère ; il était jury au startup week-end de janvier. Nous sommes allés visiter l’école 42 avec la lauréate du SW Brest. C’est une école gratuite, qui accueille jusqu’à mille étudiants entre 18 et 30 ans, sélectionnés sans conditions de diplôme. Sur trois étages on trouve une grande salle avec près de 300 ordinateurs en quinconce, et les étudiants viennent selon leur organisation perso pour résoudre les exercices qui leur sont proposés. Il n’y a pas de profs, les étudiants s’aident entre eux (apprentissage par les pairs), et grâce à internet. Ils se notent également entre eux. Il n’y a pas de promotion de sortie, seulement celle d’entrée. Des étudiants iront plus vite que d’autres et finiront le cursus plus tôt, c’est tout.

On y a trouvé un atmosphère super sympa, des gens qui ont plaisir à se retrouver, à s’entraider, à apprendre, à inventer. Des jeunes qui viennent d’horizons très différents, avec des parcours très inattendus, un plombier, un philosophe. Ils ont saisi la chance qui leur était offerte, et ils vont certainement aller loin.

Qu’est-ce que tout cela nous apprend ? Il faut le rappeler, Xavier, nous ne sommes pas dans un monde en crise. Il faut faire attention aux choix des mots, ce n’est plus une crise, on ne reviendra pas en arrière, c’est une mutation, une métamorphose. Et le numérique accélère cette mutation, elle bouleverse tous les schémas établis, elle offre de nouvelles opportunités. Quand on voit l’école 42, et qu’on compare avec d’autres organismes d’enseignement (je n’ajoute pas « supérieur », car même cela est bouleversé), on se dit qu’en quelques années, peut-être quelques mois, tout l’enseignement supérieur peut peut-être remis à plat, repensé, comme l’a été l’industrie de la musique plus tôt. Et ce n’est donc pas innocent que ce soit des enseignants qui ont lancé le hashtag #StopStereotypes. Car ce changement d’attitude doit partir du plus jeune âge, pour ne pas reproduire génération après génération les mêmes certitudes. Il faut changer nos préjugés pour inventer le monde à l’ère du numérique, il faut apprendre à voir autrement.

XP : et c’est ce que vous faites à la Cantine numérique ?

APM : Très exactement Xavier, et c’est pourquoi ceux qui viennent nous voir repartent plein d’énergie. On s’est longtemps demandé ce que faisait l’adjectif « numérique » à côté de Cantine, parce qu’on n’y fait pas que du numérique. Et voilà, nous sommes un lieu où se retrouvent et se rencontrent toutes celles et ceux qui veulent participer à la mutation d’un monde à l’ère du numérique. Nous sommes le lieu qui fait le lien.

février 18, 2012

Mais qui est herger29 ?

@herger29 a fait brutalement irruption hier dans mon champ visuel, via un RT de @Eric_Besson et ce 29 très finistérien qui m’a interpellé, comme on dit dans la police.
Le twittos @Eric_Besson m’intéresse beaucoup (je sais, je ne suis pas le seul). J’ai eu l’occasion de le voir de près jeter un coup d’œil à son mobile pour voir ses tweets, et c’est assez fascinant. Ce rapport direct aux gens à distance, tout en étant présent, lors d’une visite de site en l’occurrence. Mais à qui répond-il et sur quels critères ? Pas toujours aux mêmes, loin de là. Donc, de temps à autres, je vais voir qui peut bien être le twittos qui a été cité par le ministre.

Et celui-ci, @herger29, est vraiment un tout récent twittos. Il n’a pour l’instant twitté que 6 fois, et 4 fois avec le même message, celui ci-dessus, envoyé peu ou prou sous cette forme à NKM, Valérie Pécresse et NS 2012. C’est ce qui s’appelle avoir de la suite dans les idées. Il n’a donc pas eu le temps de changer son image de profil, qui reste lisse comme un œuf.

En revanche, il ne suit que des personnalités (physiques ou morales) politiques : NKM, EB, LW, NS, FH, deux journalistes, etc. 13 en tout.

Je ne pense pas qu’@herger29 soit un cas isolé. Ils me semblent de plus en plus nombreux/ses à n’utiliser twitter quasi exclusivement pour converser directement avec la fleur des pois. Et vu le peu de messages envoyés, avoir une réponse d’un trending twittos, qui plus est ministre, montre à quel point le message qu’ils envoient est important.

Reste à savoir s’ils sont écoutés (pas au sens de compris, mais bien suivis par des escouades d’oreilles).

février 8, 2012

La SNCF, comm’ unique !

Pas toujours facile, le boulot de la petite voix dans le micro. Petite voix fluette, d’ailleurs, hier, gare Montparnasse.

Il y avait un indice que les choses n’étaient pas normales. 18h02, 10 minutes avant le train, 10 minutes après l’heure limite « comme quoi les trains seront annoncés 20 minutes avant leur départ », une foule impressionnante (pensez donc, l’équivalent de deux TGV souhaitant rejoindre Brest ou Quimper, voire même quelque obscure gare sur le trajet) se massait (façon de parler) sous les panneaux pour être la première à se précipiter vers la voie quand elle serait annoncée.

Mais la voix, elle, annonçait : « Nous vous informons qu’en raison de difficultés d’acheminement, le train TGV numéro tant, au départ de Paris prévu initialement à 18h12 et à destination de Quimper et Brest, ne partira pas à 18h12. Nous vous remercions de votre patience ».

Puis, vers 18h15 : « En raison de grosses difficultés d’acheminement en provenance de nos ateliers, le TGV tant (le même) ne pourra pas partir à l’heure prévue. etc. patience etc. »

Puis, vers 18h25 : « Votre attention s’il-vous-plaît. Le TGV tant, à destination de Quimper et Brest, est actuellement acheminé vers une voie qui vous sera annoncée d’ici deux trois minutes » (ici, légère pause, puis) « et il roule. Merci de votre patience etc. »

Elle a vraiment dit « et il roule ». La foule, rassurée, a éclaté de rire. 300 personnes qui rient sur un quai de gare, sans se contrôler.

janvier 16, 2012

Ça va faire genre

Les garçons et les filles sont-ils vraiment égaux ? Si l’on en croit cette phrase, un choix a déjà été fait.

J’aime l’idée d’abattre dans la grammaire la règle « Le masculin l’emporte sur le féminin », comme le rappelle Le Monde dans son édition du week-end. Et certainement pas besoin d’être féministe pour être d’accord avec l’affirmation : « Cette règle de grammaire apprise dès l’enfance sur les bancs de l’école façonne un monde de représentations dans lequel le masculin est considéré comme supérieur au féminin ». C’est évident.

Les garçons et les filles n’en seraient que plus égales.

Une langue doit évoluer, et elle doit refléter les aspirations de ses locuteurs/trices (ah, pas facile, là). Tant qu’on se comprend, pas besoin d’une réforme officielle pour bousculer cette règle finalement assez récente, apprend-on dans l’article, surtout quand elle a été justifiée par des imbécilités du genre : « Le genre masculin est réputé plus noble que le féminin à cause de la supériorité du mâle sur la femelle ».

Et si l’on adoptait cette règle de la proximité, les facheux pourraient toujours dire que les filles et les garçons sont parfaitement égaux, mettant ainsi les filles en premier, ce qui ne serait que justice.

En premier, ou en première ?

Mistouflette, qui a autant d’années que d’œufs dans une boîte petit format, dit toujours : « je suis arrivée en première ». « En premier », la reprend-on parfois. Pas moi, on l’aura compris. J’aime beaucoup, ce « arriver en première ». Ben oui, pourquoi il n’y aurait qu’au masculin qu’on pourrait être premier ?

Et en premier quoi, d’ailleurs ? Car ici, c’est implicitement en première position. Pas en premier rang. Ni en premier ressort. Ni en premier lieu.

Donc, c’est parfait (parfaite?), sachons remettre en cause partout où c’est bien ancré cet usage du masculin implicite et supérieur qui insidieusement nous formatte l’esprit.