juin 26, 2016

DLMMJVS #8

Sed fugit interea, fugit irreparabile tempus, singula dum capti circumvectamur amore

Sed fugit interea, fugit irreparabile tempus, singula dum capti circumvectamur amore

(un an de pause entre le #7 et le #8… je prends mon temps)

Deuxième jour avec le collectif #MaVoix, un groupe de personnes, jamais le même exactement, qui croit en quelque chose de grand, le retour d’une démocratie efficace, apaisée, à l’écoute de toutes et tous, d’absolument toutes et tous. Un collectif qui se donne les moyens de réaliser son utopie, d’expérimenter. Qui s’émerveille de ses résultats, quand tout d’un coup une idée germée ici est reprise par 10, 100, 1000 personnes, que tout cela leur échappe, en nous rendant plus grands, plus sûrs d’eux (je mêle nous et elles/eux). Je ne suis pas certain que ce sont des moments à raconter. Je crois que ce sont des moments à vivre. La place n’est plus au dire mais au faire. Pour retrouver chacun, et tous ensemble, un sens à sa Voix.

La voie, sa voie, combien de fois la cherche-t-on, combien de temps pour la trouver ? L’a-t-on vraiment pour toujours (je n’en crois rien, nous sommes en apprentissage permanent) ? Quelques amis se réunissent pour aider l’une d’entre nous à redéfinir une partie de sa voie. Le besoin, la nécessité sont là. Le chemin n’est pas si facile. Il va falloir couper un peu dans des anciens mots qui la décrivaient, et trouver ce qui lui ressemble le plus aujourd’hui. Comme souvent, j’écoute et j’observe, et propose ici et là. Un instant de maïeutique. Comment faire sortir ses mots, ne pas imposer ceux du groupe. Le lieu de réflexion est chouette, couleurs et matières, ondes d’amitié et de bienveillance qui parcourent la pièce, et enfants qui vont et viennent. Une tache rouge est un ballon qui s’élève vers le plafond blanc. On grignote des cerises. Je perçois des dizaines de choses. Et soudain à nouveau un sourire et des rires. Les mots sont arrivés, ils coulent, ils remplacent les anciens, on a l’impression qu’un barrage vient de céder (on vient de s’aider), je vois notre amie presque soulagée, c’est un petit pas, elle le dit, mais elle en avait besoin. C’était un bel instant, de ceux qui restent en souvenirs car ils nous ont sollicité pleinement, à pleins sens.

Mélancolie estivale, je marche de cale en cale, dans l’attente du coucher de soleil le plus tard de l’année, qui hélas restera caché derrière une petite pluie tenace. L’occasion de faire quelques photos, d’écrire quelques lignes. J’écris ainsi sur l’ourlet entre la forêt et la mer. J’ai interviewé la semaine dernière une sociologue qui s’intéresse aux traces du passé qui expliquent notre présent, et qui aime se placer aux interfaces. C’était un entretien passionnant. J’y retrouvais beaucoup de moi. Ce soir  j’explore les interfaces, entre le printemps et l’été, le jour et la nuit, la terre et la mer. C’est aussi là où j’aime être.

La toile comme un scalpel, tranche sur le rivage, La quille comme un appel, inscrit dans son sillage, Des mots d'argent qui nagent, et deviennent tourbillons, S'approchent de la plage, et y creusent un sillon.

La toile comme un scalpel, tranche sur le rivage,
La quille comme un appel, inscrit dans son sillage,
Des mots d’argent qui nagent, et deviennent tourbillons,
S’approchent de la plage, et y creusent un sillon.

Mystères, Matinaux, Morceaux… autant de mots dans autant de titres. J’ai craqué, j’ai acheté 4 recueils de textes de René Char.

Jeu d’émotions hors du temps. Tempus Fugit du cirque Plume. Je ne savais pas ce que c’était avant d’y aller. C’était juste extraordinaire. Une somme d’instants poétiques portés par des performances d’artistes magnifiques. J’étais littéralement hors du temps. Et je pensais à plusieurs personnes avec qui j’aurais aimé partager cette ballade sur le chemin perdu.

Vitesse, accélération, mouvement… Toute ma semaine était en réalité bercée par la rédaction de ce papier sur la sociologue, qui m’a parlé de traces du passé, de récits collectifs (ce que nous avons fait avec #MaVoix), de transitions, d’interfaces, de rapport au temps qui a changé, de temps qui fuit entre les doigts. J’ai hâte que vous découvriez son livre à paraître à la rentrée (c’est elle qui m’a poussé à lire René Char). Je livre mon article ce vendredi. Je l’ai intitulé : De la trace au récit: retrouver le temps de faire mémoire ensemble.

Soubresauts post-Brexit. TL envahie de commentaires, de citations, d’analyses… Tout est intéressant, impossible de faire le tri. Parmi les 5 ou 6 articles qui m’ont semblé sortir du lot, un retient mon attention. Il parle du #Bregret, le sentiment que de nombreux britanniques semblent avoir de s’être trompés en votant. Et qui proposent de refaire un référendum. Et qui disent surtout : « oui d’accord, c’est bizarre, on aurait du réfléchir avant de voter, c’est étrange de demander de revoter, vous (les politiques, les médias, les commentateurs…) allez trouver qu’on n’est pas bien finis, mais, et si, et si… et si c’était cela la réelle démocratie, plutôt que d’obtenir des scrores du genre 52-48, avancer pas à pas vers des choix beaucoup plus éclairés que ce que l’on nous force à faire à coups de sondages, de mensonges et de peurs brandies ?« . Je sens poindre l’intelligence collective, et cela résonne pas mal avec le week-end #MaVoix de début de semaine. Une boucle temporelle est bouclée. Next time…

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