juin 16, 2016

Je me souviens…

Je me souviens du premier souffle, du dernier instant dans le ventre de ma mère.

Je me souviens du premier né et du dernier vivant, du premier homme et du dernier mort.

Je sais la dernière chose à faire et le premier mot du matin, je connais le jeu du jeune premier dans le dernier acte de la pièce.

Je sens ton premier souffle et ton premier baiser, un 4 d’été. Je me souviens du dernier sommeil, un 4 d’automne.

La première impression. Le dernier départ, sans un regard.

J’ai accompagné tes premiers pas. J’ai écrit avec joie que tu insistais arriver en première.

J’ai jonglé avec les nombres et avec les degrés, des premiers aux troisièmes.

S’endormir en dernier et se réveiller en premier. Faire flotter l’odeur du premier café dans les brumes du matin.

S’enivrer jusqu’au dernier carat de la journée, la vingt-quatrième heure du soir.

Je goûte encore ton premier regard, je bois ta dernière parole, je chante ton premier geste, je caresse tes derniers mots.

Petit dernier de fratrie, je vis aujourd’hui comme si c’était toujours mon premier jour d’enfance.

Rire le premier soir, craindre la dernière nuit.

Rechercher le dernier domicile connu et voir que tu habites au premier. S’aimer jusqu’au dernier jour de la Terre, puis continuer.

Garder ton premier sourire au fond de mes pensées. Me rappeler ton dernier rire à l’autre bout du fil.

Te pousser dans tes derniers retranchements, pour t’y révéler ta force. Ne pas chercher à avoir le dernier mot, car tout reste toujours ouvert. Toujours ouvert. Attendre le premier pas.

Te lire jusqu’à la dernière page, puis écrire avec toi la suite. Car dernier ne signifie pas ultime. Dernier veut dire: sublime, mais moins que le prochain moment.

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