septembre 16, 2014

Dis-moi : à quoi tu penses ?

(petits compléments à découvrir et liens cités dans l’émission Quoi2Neuf sur Tébéo du 16 septembre 2014)

Un nouveau pas vers la télépathie

C’est probablement la première véritable expérience de télépathie à laquelle se sont livrées plusieurs équipes internationales de chercheurs entre l’Inde, la France et l’Espagne au premier trimestre 2014, a-t-on appris dans une publication parue au mois d’août et qui a été repérée dans la presse grand public début septembre (ici, , et des dizaines d’autres articles via google…). Cette expérience s’est effectuée dans le cadre d’un projet de recherche européen (tous les détails au début de la publication, en anglais).

(présentation de l’expérience, 4’23, anglais)

Rappelons que la télépathie (du grec τηλε, tele (distance, loin) et πάθεια, patheia (sentiment : πάθoς, ce que l’on éprouve)) consiste en la transmission d’informations entre deux personnes sans utiliser d’informations sensorielles, de cerveau à cerveau. Dans le sens commun, la télépathie est supposée se faire directement de cerveau à cerveau, sans aide d’aucune sorte, par la simple force de l’esprit. Dans l’expérience relatée, un appareillage a été nécessaire, mais bonne nouvelle, il n’était pas intrusif, c’est-à-dire que personne n’a fait de trous dans la tête des chercheurs volontaires pour y insérer des sondes.

Comme le montrent les deux images ci-dessous extraites de la publication citée plus haut, l’expérience a consisté en la transmission de deux mots de 4 lettres, hola et ciao, qui ont été transmis un certain nombre de fois, encodés sous forme binaire, via Internet, entre une personne en Inde et une autre à Strasbourg. Le protocole scientifique (détaillé dans la publication, je l’ai lue pour vous) fait peu de place au doute : jamais les deux participants n’ont pu tricher ou être influencés par des sensations externes parasites, et on peut affirmer que l’activation dans le cerveau du participant en Inde de ces deux mots a bien été perçue par celui situé en France…

journal.pone.0105225.g001journal.pone.0105225.g002Une sonde neurale était placée sur la tête de l’émetteur, à qui était présentée une série de 1 et de 0 codant astucieusement  les mots hola et ciao. En fonction de ces 1 ou ces 0, le participant devait penser soit à bouger la main, soit le pied. Cette « pensée », cette intention de geste pouvant être repérée en monitorant l’activité de certaines aires du cerveau via la sonde neurale, il était ensuite facile d’envoyer la série de 0 et de 1, par mail (!), à Strasbourg, où attendait le second patient. Un patient légèrement plus équipé que le précédent, puisqu’il recevait des impulsions via un système robotisé de stimulation magnétique transcrânienne (TMS) développé par la société française Axilum Robotics. En gros, son cerveau était stimulé à chaque 1 ou 0 par un flash de lumière artificiel dans sa vision périphérique. Noter que toute l’expérience a été validée par des comités éthiques et des protocoles internationaux sur l’expérimentation humaine. Le patient français n’avait plus qu’à indiquer la suite de 0 et de 1 reçue, et hop, avec des taux d’erreur plutôt satisfaisants, les mots hola et ciao ont été transmis à peu de frais d’Inde en France !
Pour en savoir plus, l’interview de Michel Berg, médecin et président de la société Axilum Robotics, sur le site de 20 minutes.

Super, est-ce que je peux refaire cela chez moi demain matin ?

Pas encore, jeune padawan, pas encore. La partie « stimulation magnétique transcrânienne » n’est pas encore vraiment portable, comme on peut le voir. En revanche, les sondes neurales sans fil existent, et certaines sont déjà en vente pour le grand public. C’est notamment le cas de la sonde ChooseMuse, par Interaxon, une entreprise canadienne.

J’ai vu cette entreprise pour la première fois lors de l’édition 2010 de LeWeb, et je dois dire que nous avons tous été impressionnés par Ariel Garten, CEO d’Interaxon, qui portait (dans tous les sens du terme), le projet. Vous pouvez revivre ces moments si vous avez 26mn devant vous, cela vaut le coup.

Pour aller plus loin que son prototype, Interaxon a lancé une des premières campagnes de financement participatif (on dit aussi crowdfunding – 287000$ levés…) sur Indiegogo, et ni une ni deux, comme 600 personnes dans le monde, j’ai sorti ma carte bleue et commandé une sonde. Après plusieurs retards (un an et demi de développement, au bas mot), j’ai reçu ma sonde fin juillet, et cela valait vraiment le coup d’attendre.

Pour les plus geeks d’entre nous, ceux qui savent à la fois penser et coder, un SDK est disponible qui permet de développer des applications tirant partie des 5 signaux EEG (électro encéphalogramme) monitorés, en plus de données de type accéléromètre. Mais rassurez-vous (puisque vous aussi vous pouvez acheter votre ChooseMuse dès aujourd’hui, à un tarif un peu plus élevé que moi, c’est sûr), la sonde est livrée avec une application mobile (Android, iPhone), « Calm » qui permet de faire des séances de « méditation » et d’apprendre à maîtriser son activité cérébrale.

La sonde doit pour commencer être associée via Bluetooth à votre mobile (c’est très simple, et très bien expliqué), puis à chaque session de Calm, elle doit être calibrée pour être sûr que votre activité cérébrale est correctement interprêtée. Pour cela, l’application vous demande (en anglais) de vous concentrer pendant une minute sur des personnes célèbres, des animaux, des métiers… Ensuite, pendant 3mn ou plus, vous devez faire le vide dans votre esprit, pendant qu’une musique douce vous berce, et que vous entendez les bruits d’une plage déserte. Si votre activité cérébrale est perturbée, vous entendez alors la tempête se lever, et plus vous vous détendez, plus vous entendez les petites vagues au bord de la plage. Le but ultime est d’être suffisamment calme pour entendre des oiseaux.

 2014-09-16-04-48-08Ma séance ce matin vers 4h22. Oui, je me lève tôt.

2014-09-16-04-50-41Je n’ai pas été assez calme. Bon, c’est pas si mal, mais on voit qu’à plusieurs moments j’avais une activité cérébrale forte, quand je pensais à ce que j’allais dire dans ma chronique sur Tébéo, ou quand le chat m’a sauté dessus, et vers la fin quand l’application ma « réveillé ». Résultat, seulement 299 points engrangés, alors que je me suis fixé un objectif de 5500 points par semaine. J’ai d’autres séances à faire, peut-être plus longues pour engranger plus de points.

2014-09-16-04-51-122014-09-16-04-51-35Sans doute à cause du chat, je n’ai entendu aucun oiseau.

2014-09-16-04-52-00Chaque séance de Calm se termine par des conseils ou des informations permettant de mieux comprendre le fonctionnement de son cerveau et d’utiliser au mieux le dispositif.

ChooseMuse fait régulièrement des séances de démonstration en Amérique du Nord, mais les équipes avec qui je suis en contact m’ont dit qu’elles le feront bientôt également en Europe. N’hésitez donc pas à suivre @choosemuse sur twitter pour en savoir plus, et moi également @AymericPM car je suis en train de travailler à des applications autour de Muse.

Revoir la chronique sur tébéo (à partir de 5’28)

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