février 10, 2014

Chronique numérique du 5 février 2014

Thème principal : À l’ère du numérique, stop aux stéréotypes (à 6’18)

Le conducteur proposé

(on notera à quel point ce qui est dit en plateau diffère de ce qui est préparé. Mais le conducteur que je rédige, quand je le rédige à ce point, sert surtout à donner l’état d’esprit de la chronique, pas à être récité, bien que cette fois-ci, compte-tenu des OFF qui devaient tomber au bon moment, j’ai voulu suivre un fil plus précis)

Xavier : Bonjour Aymeric. Aujourd’hui vous voulez nous parler de clichés et de stéréotypes !?

Aymeric : Bonjour Xavier. Quand j’ai commencé à travailler sur ces chroniques numériques en septembre, je m’étais dit que je ne parlerai jamais du dernier téléphone ou de la dernière console de jeux. Ce ce que j’ai envie de vous faire, c’est vous parler du numérique qui change nos vies ou notre monde en profondeur, pas le dernier gadget ou même les 10 ans de Facebook. Pas du monde numérique, mais du monde à l’ère du numérique. Pas de la fiscalité du numérique, par exemple, (on vient d’apprendre que le fisc souhaitait redresser Google d’un milliard d’euros), mais de la fiscalité à l’ère du numérique. C’est pourquoi je vous ai parlé d’ateliers de fabrication numérique, de startups et d’entreprises, de révolution industrielle et de l’économie de la donnée ou de la mesure de soi.

Mais pour cette semaine, j’avais envie de changer un peu, et j’ai fait appel à twitter pour me proposer un sujet. Et c’est dimanche matin que je suis tombé sur ça :

Envoi du OFF tweet-stereotype.

OFF-APM05022014-tweet-stereotype

XP : il s’agit d’un appel à manifester sur twitter ?

APM : Oui Xavier, nous sommes en pleine folie sur la ou les théories du genre qui seraient enseignées à nos chères têtes blondes, avec son lot de rumeurs et de comportements irrationnels. Ce qui se passe c’est que les gens finissent par ne plus savoir réfléchir par eux-même, et réagissent en se laissant guider par leurs peurs primales. C’est d’ailleurs ce qui nourrit la pensée de certains ou certaines, toute une série de stéréotypes desquels on ne peut plus se défaire, les garçons en bleu et les filles en rose, les garçons mécaniciens et les filles à la cuisine.

Un collectif d’enseignant propose alors de réagir sur twitter en dénonçant ce type de stéréotypes, et en utilisant le hashtag #StopStereotypes, en disant « je suis un homme et… » ou « je suis une femme et… », et en y ajoutant une photo. Cela marche plutôt pas mal, même si j’ai l’impression qu’il y a eu surtout des « je suis une femme et… ».

Alors je me suis dit qu’il y avait d’autres stéréotypes, des clichés, de ceux qui nous donnent des certitudes et nous rassurent, même s’ils sont complètement faux ou en partie faux, des moins graves et des plus sérieux. Comme par exemple « oh, à Brest il pleut tout le temps » (ndlr: on est hélas en pleine tempête Petra) ou « les Français mangent des grenouilles » « les femmes sont plus sensibles que les hommes ». Ou plus sérieusement, ces stéréotypes qui font qu’on reste bloqué, on ne va pas vers les autres, on n’ose pas changer. Et c’est dimanche après-midi que je suis tombé sur ça :

Envoi du OFF tweet-MOOC

OFF-APM05022014-tweet-MOOCXP : Ah, vous nous avez déjà parlé des MOOCs

APM : Aujourd’hui, avec les MOOCs, les cours suivis massivement en ligne, et surtout toutes les nouvelles techniques pédagogiques associées, des pans entiers de population qui ne pensaient pas qu’ils pouvaient le faire se mettent à découvrir l’astronomie, le management ou coder des applications mobiles.Elle ne pensait pas qu’elle en était capable, et elle l’a fait. Elle a appris le langage HTML et les feuilles de style CSS, ce ne sont pas des gros mots, ce n’est pas inutile, ce n’est pas difficile, et c’est une des bases du monde numérique aujourd’hui. Nous assistons là à un bouleversement profond de l’enseignement à l’ère du numérique.

OFF ecole-42 pendant le paragraphe suivant

OFF-APM05022014-ecole42Et là je veux vous parler de l’Ecole 42. C’est la fameuse école créée par Xavier Niel et d’autres, et un des fondateurs est Kwame Yamgnane. Kwame est brestois, son patronyme est connu en Finistère ; il était jury au startup week-end de janvier. Nous sommes allés visiter l’école 42 avec la lauréate du SW Brest. C’est une école gratuite, qui accueille jusqu’à mille étudiants entre 18 et 30 ans, sélectionnés sans conditions de diplôme. Sur trois étages on trouve une grande salle avec près de 300 ordinateurs en quinconce, et les étudiants viennent selon leur organisation perso pour résoudre les exercices qui leur sont proposés. Il n’y a pas de profs, les étudiants s’aident entre eux (apprentissage par les pairs), et grâce à internet. Ils se notent également entre eux. Il n’y a pas de promotion de sortie, seulement celle d’entrée. Des étudiants iront plus vite que d’autres et finiront le cursus plus tôt, c’est tout.

On y a trouvé un atmosphère super sympa, des gens qui ont plaisir à se retrouver, à s’entraider, à apprendre, à inventer. Des jeunes qui viennent d’horizons très différents, avec des parcours très inattendus, un plombier, un philosophe. Ils ont saisi la chance qui leur était offerte, et ils vont certainement aller loin.

Qu’est-ce que tout cela nous apprend ? Il faut le rappeler, Xavier, nous ne sommes pas dans un monde en crise. Il faut faire attention aux choix des mots, ce n’est plus une crise, on ne reviendra pas en arrière, c’est une mutation, une métamorphose. Et le numérique accélère cette mutation, elle bouleverse tous les schémas établis, elle offre de nouvelles opportunités. Quand on voit l’école 42, et qu’on compare avec d’autres organismes d’enseignement (je n’ajoute pas « supérieur », car même cela est bouleversé), on se dit qu’en quelques années, peut-être quelques mois, tout l’enseignement supérieur peut peut-être remis à plat, repensé, comme l’a été l’industrie de la musique plus tôt. Et ce n’est donc pas innocent que ce soit des enseignants qui ont lancé le hashtag #StopStereotypes. Car ce changement d’attitude doit partir du plus jeune âge, pour ne pas reproduire génération après génération les mêmes certitudes. Il faut changer nos préjugés pour inventer le monde à l’ère du numérique, il faut apprendre à voir autrement.

XP : et c’est ce que vous faites à la Cantine numérique ?

APM : Très exactement Xavier, et c’est pourquoi ceux qui viennent nous voir repartent plein d’énergie. On s’est longtemps demandé ce que faisait l’adjectif « numérique » à côté de Cantine, parce qu’on n’y fait pas que du numérique. Et voilà, nous sommes un lieu où se retrouvent et se rencontrent toutes celles et ceux qui veulent participer à la mutation d’un monde à l’ère du numérique. Nous sommes le lieu qui fait le lien.

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